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Rapport sur les principes du Gouvernement. Par Robespierre. mai 5 2011

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Rapport sur les principes du Gouvernement

révolutionnaire

Fait par Robespierre au nom du Comité de salut public,

Prononcé à la Convention le 25 décembre 1793 - 5 nivôse An II

 

 Présentation :

Citoyens Représentans du peuple,

Les succès endorment les âmes faibles ; ils aiguillonnent les âmes fortes. Laissons l’Europe

& l’histoire vanter les miracles de Toulon, & préparons de nouveaux triomphes à la liberté.

Les défenseurs de la Républiquement adoptent la maxime de César : ils croient qu’on n’arien fait tant qu’il reste quelque chose à faire. Il nous reste encore assez de dangers pour

occuper tout notre zèle.

Vaincre des Anglais & des traîtres, est une chose assez facile à la valeur de nos soldats

républicains ; il est une entreprise non moins importante & plus difficile : c’est de

confondre par une énergie constante les intrigues éternelles de tous les ennemis de notre

liberté, & faire triompher les principes sur lesquels doit s’asseoir la prospérité publique.

Tels sont les premiers devoirs que vous avez imposés à votre Comité de salut public.

Nous allons développer d’abord les principes & la nécessité du gouvernement

révolutionnaire ; nous montrerons ensuite la cause qui tend à le paralyser dans sa

naissance.

La théorie du gouvernement révolutionnaire est aussi neuve que la révolution qui l’a

amené. Il ne faut pas la chercher dans les livres des écrivains politiques, qui n’ont point

prévu cette révolution, ni dans les lois des tyrans, qui, contens d’abuser de leur puissance,

s’occupent peu d’en rechercher la légitimité ; aussi ce mot n’est-il pour l’aristocratie qu’un

sujet de terreur ou un texte de calomnie ; pour les tyrans, qu’un scandale, pour bien des

gens, qu’une énigme ; il faut l’expliquer à tous pour rallier au moins les bons citoyens aux

principes de l’intérêt public.

La fonction du gouvernement est de diriger les forces morales & physiques de la nation

vers le but de son institution.

Le but du gouvernement constitutionnel est de conserver la République ; celui du

gouvernement révolutionnaire est de la fonder.

La Révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis ; la Constitution est le régime

de la liberté victorieuse et paisible.

Robespierre encore et toujours ! mai 5 2011

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Par Darthé-Payan

Le 6 mai 1758, il y a 253 ans, naissait Maximilien Robespierre celui qui deviendra l’Incorruptible.

Je sais que la Droite l’a condamné depuis Thermidor et je sais aussi que beaucoup à Gauche l’ont aussi abandonné et condamné. Etre Jacobin est passé de mode dans la Gauche française toutes composantes confondues et Robespierriste, il ne faut même pas y penser !  La gauche radicale comme la gauche libérale a épousé les thèses thermidoriennes qui décrivent un Robespierre, tyran et responsable de tout ! Ils rejoignent les thèses monarchistes, contre révolutionnaires voire Barruelistes !

Et pourtant, ici ou là, des citoyens anonymes, des historiens, quelques politiques, des professeurs, des étudiants, des artistes comédiens et interprêtes font rejaillir la flamme robespierriste et jacobine et s’approprie de nouveau le grand révolutionnaire !

Il y a un an, j’ai créé ce blog pour remettre au gout du jour et au centre de la vie politique et de la gauche Robespierre et l’idéal révolutionnaire, républicain, patriote qu’est le Jacobinisme. Ce blog proposait un réarmement idéologique et programmatique de la Gauche autour des valeurs, des concepts de la républicain et de l’idéal démocratique qu’exprimé les Jacobins robespierristes.

Robespierre était un humaniste épris de la philosophie des Lumières et de Rousseau. Il montra de manière constante son ardeur révolutionnaire, son idéal démocratique et patriotique. Il fit du Club des Jacobins, la société politique révolutionnaire majoritaire, unifiant les sociétés populaires de provinces et le centre des débats chaque jour plus fervents et féconds. Il fût un député tour à tour constitutant, conventionnel puis il fut élu président de la Convention puis membre du Comité de Salut Public.

Avec ses amis, Couthon et Saint-Just au Salut public puis Lebas à celui de la Sécurité générale et Payan en tant qu’Agent Général,  il permit à la Révolution de triompher, d’être sauvée et lui fît  prendre un cours social, populaire et aussi universel.

Cette révolution sociale et populaire s’appuyait sur le peuple souverain et moblilisé. L’intérêt général, l’égalité des droits, la vertu et la morale républicaines furent les paradigme du projet politique de Robespierre et de ses amis.

Pour stopper cette marche en avant vers l’égalité réelle et la souveraineté du citoyen, ce cours nouveau social et populaire devait être stoppé ! Il le fut lors des journées confuses des 8 et 9 Thermidor de l’An II de la République. Le putsch des thermidoriens réussit, la révolution sociale et populaire fût stoppée et bientôt la révolution tout court. La réaction thermidorienne, la contre révolution détruirent les Jacobins et leurs symboles et remis chaque jour un peu plus en cause la politique, les lois sociales et populaires qui furent votées et appliquées durant la période ouverte par la Convention montagnarde et le Salut public.

A l’heure où Les Manuscrits inédits de Robespierre doivent revenir à la Nation !  de l’Incorruptible viennent d’être découverts et mise en vente par un descendant des Lebas, il serait utile que la Nation s’approprie ses documents  lors de leur vente qui doivent avoir lieu le 18 mai prochain. Ces documents de haute valeur historique et aussi politique doivent être portés à la connaissance des Historiens, des Chercheurs, des Etudiants, des Professeurs, des Elèves, des Politiques, de chaque Citoyen. Oui chaque citoyen doit en prendre connaissance !

J’espère aussi que les Frères Robespierre, Saint-Just, Couthon et Lebas auront un jour leur nom sur une plaque d’une artère ou une place de Paris. Pourquoi ne pas appeler la place du Marché Saint Honoré (endroit où se trouvait le Club des Jacobins à l’époque de la Révolution) Place Maximilien  Robespierre dit “l’Incorruptible” ?

J’espère aussi que les 108 Robespierristes condamnés, tués et éxécutés, à Paris, lors des journées des 9 et 10 Thermidor de l’An II de la République auront une sépulcure digne ! Ce ne serait que justice pour ces grands hommes qui firent la Révolution et construirent la France. Une France républicaine, jacobine et universelle, celle du peuple souverain et citoyen qui mis un terme à l’Ancien régime et à la monarchie.

Je pense que Maximilien et Augustin Robespierre, Saint-Just, Couthon, Lebas, Hanriot et Payan doivent avoir les honneurs de la nation, de la patrie reconnaissance et entraient au Panthéon.

Je vais terminer mon billet en vous faisant partagé un lien qui permettra d’atteindre le lien du discours de Robespierre “Sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention nationale dans l’administration intérieure de la République. Il fût prononcé le 17 Pluviose An II de la République (05 février 1794) à la Convention.

Bonne lecture.

Salut et Fraternité.

Darthé-Payan.

http://manifeste-jacobin.blogvie.com/files/2011/05/discours-de-robespierre-sur-les-principes-de-la-morale-politique.pdf

Robespierre théoricien du droit naturel à l’existence novembre 1 2010

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par Florence Gauthier

La déclaration du droit à l’existence devint l’enjeu des luttes politiques de 1792 à 1795, mettant aux prises deux conceptions du droit naturel, deux projets de société, deux conceptions de la liberté, liberté politique ou liberté économique, deux conceptions du libéralisme de droit naturel. Robespierre fut un des principaux théoriciens du droit à l’existence à l’époque de la Révolution des droits de l’homme. Partant des principes du droit naturel d’une part, de l’expérience de la révolution d’autre part, il va peu à peu préciser son analyse de la contradiction entre le pouvoir économique et la liberté politique. Nous allons suivre son analyse à travers trois de ses interventions principales à ce sujet.

Avril 1791. « Sur la nécessité de révoquer les décrets qui attachent l’exercice des droits du citoyen à la contribution du marc d’argent ou d’un nombre déterminé de journées d’ouvrier ».

À la suite de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, l’Assemblée constituante allait à plusieurs reprises violer sa propre constitution en refusant de reconnaître la citoyenneté - ou l’appartenance au genre humain, selon la conception de la philosophie du droit naturel - aux femmes, aux esclaves des colonies, et enfin à ceux qui vivaient du travail de leurs mains, en détachant, ici, la citoyenneté de la personne pour l’attacher à la richesse.

Robespierre intervenait une nouvelle fois, pour défendre le droit naturel attaché à la personne contre le système censitaire qui faisait dériver la citoyenneté des fortunes :

« Pourquoi sommes-nous rassemblés dans ce temple des lois ? Sans doute pour rendre à la nation française l’exercice des droits imprescriptibles qui appartiennent à tous les hommes. Tel est l’objet de toute constitution politique. Elle est juste, elle est libre, si elle le remplit elle n’est qu’un attentat contre l’humanité, si elle le contrarie. » [1]

Robespierre s’appuyant sur les principes déclarés, fait la critique du suffrage censitaire d’un double point de vue : anticonstitutionnel, étant donné que la Déclaration des droits de 1789 est violée par ces dispositions qui renient la conception de la liberté en société ou la citoyenneté ; et antisocial. Il va de ce point vue donner une définition du peuple et de l’intérêt général, et caractériser la nature particulière du système censitaire, et celle universelle de la révolution des droits de l’homme.

Les adversaires du droit naturel désignent le peuple par les termes méprisants suivants :

« Le peuple ! des gens qui n’ont rien… des gens qui n’ont rien à perdre. »

Robespierre leur répond :

« Ces gens dont vous parlez sont apparemment des hommes qui vivent, qui existent, qui subsistent au sein de la société, sans aucun moyen de vivre ou de subsister. Car s’ils sont pourvus de ces moyens-là, ils ont, ce me semble, quelque chose à perdre ou à conserver. Oui, les grossiers habits qui me couvrent, l’humble réduit où j’achète le droit de me retirer et de vivre en paix, le modique salaire avec lequel je nourris ma femme et mes enfants ; tout cela je l’avoue, ce ne sont point des terres, des châteaux, des équipages ; tout cela s’appelle rien peut-être, pour le luxe et pour l’opulence ; mais c’est quelque chose pour l’humanité : c’est une propriété sacrée, aussi sacrée sans doute que les brillants domaines de la richesse. Que dis-je ! Ma liberté, ma vie, le droit d’obtenir sûreté ou vengeance pour moi et pour ceux qui me sont chers, le droit de repousser l’oppression, celui d’exercer librement toutes les facultés de mon esprit et de mon cœur ; tous ces biens si doux, les premiers de ceux que la nature a départis à l’homme, ne sont-ils pas confiés, comme les vôtres, à la garde des lois ! » [2]

Le peuple qu’analyse Robespierre, ce sont les gens qui vivent du travail de leurs mains, les salariés, ceux qui n’ont « rien », ceux que les « honnêtes gens » veulent dégrader « par les mots de canaille et de populace ».

Le système censitaire est réservé aux riches qui veulent se privilégier en occupant toute la puissance publique. Les riches veulent se constituer en classe particulière et en classe politique dominante :

« Le peuple ne demande que le nécessaire, il ne veut que justice et tranquillité ; les riches prétendent à tout, ils veulent tout envahir et tout dominer. Les abus sont l’ouvrage et le domaine des riches, ils sont les fléaux du peuple : l’intérêt du peuple est l’intérêt général, celui des riches l’intérêt particulier. » [3]

Le système censitaire ne constitue pas une société d’hommes libres, mais sert l’intérêt particulier des riches, nouveaux oppresseurs du peuple :

« Que serait votre déclaration des droits si ces décrets pouvaient subsister ? Une vaine formule. Que serait la nation ? Esclave ; car la liberté consiste à obéir aux lois qu’on s’est données, et la servitude à être contraint de se soumettre à une volonté étrangère. Que serait votre constitution ? Une véritable aristocratie. Car, l’aristocratie est l’état où une portion des citoyens est souveraine et le reste sujets. Et quelle aristocratie ! La plus insupportable de toutes ; celle des riches. » [4]

Robespierre oppose au caractère de classe du régime censitaire le caractère original de la Révolution en France comme première tentative historique de reconquête des droits naturels :

« Est-ce donc pour copier servilement les erreurs ou les injustices qui ont si longtemps dégradé et opprimé l’espèce humaine, que l’éternelle providence vous a appelés, seuls depuis l’origine du monde, à rétablir, sur la terre, l’empire de la justice et de la liberté, au sein des plus vives lumières qui aient jamais éclairé la raison publique, au milieu des circonstances presque miraculeuses qu’elle s’est plu à rassembler, pour vous assurer le pouvoir de rendre à l’homme son bonheur, ses vertus et sa dignité primaire ? » [5]

Robespierre rappelle enfin que c’est l’insurrection populaire de juillet 1789 qui a sauvé le Serment du Jeu de Paume et permis d’entamer le processus de reconquête des droits naturels :

« Eh ! qui pourrait donc supporter l’idée de le (ce peuple) voir dépouiller de ses droits, par la révolution même qui est due à son courage, au tendre et généreux attachement avec lequel il a défendu ses représentants. Est-ce aux riches, est-ce aux grands que vous devez cette glorieuse insurrection qui a sauvé la France, et vous ? Ces soldats qui ont déposé leurs armes aux pieds de la patrie alarmée, n’étaient-ils pas du peuple ? Ceux qui les conduisaient contre vous, à quelles classes appartenaient-ils ? » [6]

Dans une formule révélant toute l’ampleur de son analyse, Robespierre met en lumière les luttes de classes triangulaires, qui caractérisent toute la période de la Révolution des droits de l’homme, de 1789 à 1795 :

« Est-ce pour retomber sous le joug de l’aristocratie des riches, qu’il (le peuple) a brisé avec vous le joug de l’aristocratie féodale ? » [7]

À travers cette critique du nouveau despotisme de l’aristocratie des riches, Robespierre centre le débat sur le problème de fond de la propriété.

Reprenons son analyse qui renvoie au droit naturel universel. Les partisans de l’aristocratie des riches, en attachant la citoyenneté, non à la personne mais à la richesse, transforment le droit naturel universel de liberté en droit particulier des possédants, nouveau privilège qui ne réalise ni le droit, ni l’universel.
 

Robespierre part de la contradiction interne à la Déclaration des droits de 1789 analysée précédemment : le droit naturel de liberté et sa réciprocité l’égalité entrent en contradiction avec le droit naturel de propriété privée des biens matériels. On le voit, la contradiction a éclaté, au moins, dès avril 1791 : le système censitaire, en attachant la liberté en société, ou la citoyenneté, à la richesse, retire aux « impropriétaires » leur appartenance au genre humain.  

Robespierre va opérer, sur le plan de la théorie du droit naturel, la séparation entre les biens ayant un caractère universel, et les biens matériels qui ne l’ont pas :

« Ma liberté, ma vie, le droit d’obtenir sûreté ou vengeance pour moi et pour ceux qui me sont chers, le droit de repousser l’oppression, celui d’exercer librement toutes les facultés de mon esprit et de mon cœur ; tous ces biens si doux, les premiers de ceux que la nature a départis à l’homme, ne sont-ils pas confiés, comme les vôtres, à la garde des lois ! Et vous dites que je n’ai point d’intérêt à ces lois ; et vous voulez me dépouiller de la part que je dois avoir comme vous, dans l’administration de la chose publique, et cela par la seule raison que vous êtes plus riches que moi ! Ah ! si la balance cessait d’être égale, n’est-ce pas en faveur des citoyens les moins aisés qu’elle devrait pencher ? Les lois, l’autorité publique, n’est-elle pas établie pour protéger la faiblesse contre l’injustice et l’oppression. C’est donc blesser tous les principaux sociaux, que de la placer tout entière entre les mains des riches.

« Mais les riches, les hommes puissants ont raisonné autrement. Par un étrange abus des mots, ils ont restreint à certains objets l’idée générale de propriété ; ils se sont appelés seuls propriétaires ; ils ont prétendu que les propriétaires seuls étaient dignes du nom de citoyens ; ils ont nommé leur intérêt particulier l’intérêt général, et pour assurer le succès de cette prétention, ils se sont emparés de toute la puissance sociale. » [8]

Robespierre donne ici la première théorisation du droit naturel universel à l’existence, en faisant éclater la contradiction entre liberté politique et droit naturel de propriété privée des biens matériels. Selon la philosophie du droit naturel, la vie, la liberté, la sûreté et le droit de repousser l’oppression sont des propriétés de l’être humain. Nous avons vu que c’est de cette manière qu’est exprimée, dans la théorie du droit naturel, l’humanité de l’humanité, et que ces propriétés sont à l’œuvre dans la Déclaration de 1789.

Robespierre met en pleine lumière la façon dont les propriétaires se mettent en contradiction avec la déclaration-constitution, en restreignant l’idée générale de propriété aux seuls biens matériels, en créant une nouvelle conception de la citoyenneté attachée aux choses, aux biens matériels. Cette conception de la citoyenneté attachée aux choses rompt avec le libéralisme de droit naturel, « car la liberté consiste à obéir aux lois qu’on s’est données, et la servitude à être contraint de se soumettre à une volonté étrangère ». Cette nouvelle théorie politique détruit totalement la conception du droit naturel de liberté, et construit une nouvelle conception de la propriété strictement limitée au matérialisme des biens… matériels.

Cette défaite provisoire des droits de l’homme et du citoyen - provisoire car le 10 août 1792, l’insurrection populaire permettra « à la canaille et à la populace » de rétablir le droit naturel, une seconde fois, en renversant cette constitution censitaire, matérialiste et antilibérale - cette défaite provisoire donc permit aussi à Robespierre, défenseur de la liberté, d’approfondir la théorie de la révolution des droits naturels.

En effet, dès avril 1791, Robespierre fit éclater la contradiction entre les propriétés ayant un caractère universel, et celles qui ne l’ont pas. La vie, la liberté (et donc l’égalité et la citoyenneté), le droit d’obtenir sûreté et de repousser l’oppression, le droit d’exercer librement toutes les facultés de l’esprit et du cœur sont des propriétés naturelles universelles, et constituent l’intérêt général que la société de droit naturel a pour but de conserver et de réaliser.

L’intérêt des possédants est un intérêt particulier incapable de réaliser le droit naturel universel. En s’emparant de la puissance publique, l’intérêt des possédants révèle une forme nouvelle de despotisme, celui du pouvoir que confère la propriété des biens matériels. Un nouveau pouvoir oppressif est ici reconnu, le pouvoir économique.

Être libre c’est n’être soumis au pouvoir d’aucun autre homme, et ne soumettre aucun autre homme à son pouvoir. L’oppression ne vient pas seulement des pouvoirs doctrinaires des Églises et de l’État absolutiste, le pouvoir économique est lui aussi incompatible avec la réalisation de la liberté comme qualité humaine.

Le 2 décembre 1792, Robespierre intervenait à nouveau sur la contradiction entre liberté politique et liberté économique. Sa réflexion s’était approfondie depuis avril 1791, sous l’effet du développement du mouvement populaire qui élabora, face à la crise économique et monétaire, un vaste programme de réforme agraire lié à une refonte du système de production et d’échange [9]. Robespierre critique le droit de propriété privée illimitée et le caractérise comme un assassinat :

« Je défie le plus scrupuleux défenseur de la propriété de contester ces principes, à moins de déclarer ouvertement qu’il entend par ce mot (droit de propriété illimitée) le droit de dépouiller et d’assassiner ses semblables. Comment donc a-t-on pu prétendre que toute espèce de gêne, ou plutôt que toute règle sur la vente du blé était une atteinte à la propriété et déguiser ce système barbare sous le nom spécieux de liberté du commerce ?… Pourquoi les lois n’arrêteraient-elles pas la main homicide du monopoleur comme celle de l’assassin ordinaire. » [10]

Pour Robespierre, les marchands, monopoleurs, spéculateurs sont des assassins puisqu’ils menacent l’existence des consommateurs, et entrent en concurrence avec le droit à l’existence. Robespierre analyse le caractère de classe de la politique de liberté économique au service de l’intérêt particulier des marchands et détenteurs de grains et son aspect répressif.

« Ils (les auteurs de la théorie de la liberté économique) ont compté pour beaucoup les profits des négociants et des propriétaires et la vie des hommes à peu près pour rien. Et pourquoi ? C’étaient les grands, les ministres, les riches qui écrivaient qui gouvernaient ; si c’eût été le peuple, il est probable que ce système aurait reçu quelques modifications [11] » …
« La liberté indéfinie du commerce et des baïonnettes pour calmer les alarmes ou pour opprimer la faim, telle fut la politique vantée de nos premiers législateurs. » [12]

Robespierre porte une critique fondamentale à la théorie économique de l’élasticité du marché, car le marché des subsistances n’est pas élastique :

« Les auteurs de la théorie n’ont considéré les denrées les plus nécessaires à la vie que comme une marchandise ordinaire et n’ont mis aucune différence entre le commerce du blé et celui de l’indigo… Il n’est pas nécessaire que je puisse acheter de brillantes étoffes ; mais il faut que je sois assez riche pour acheter du pain pour moi et mes enfants. Le négociant peut bien garder dans ses magasins les marchandises que le luxe et la vanité convoitent jusqu’à ce qu’il trouve le moment de les vendre au plus haut prix possible ; mais nul homme n’a le droit d’entasser des monceaux de blé à côté de son semblable qui meurt de faim. » [13]

La spéculation sur les denrées qui assurent l’existence entre en contradiction avec le droit à l’existence :

« Quel est le premier objet de la société ? C’est de maintenir les droits imprescriptibles de l’homme. Quel est le premier de ces droits ? Celui d’exister. La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là ; la propriété n’a été instituée ou garantie que pour la cimenter ; c’est pour vivre d’abord qu’on a des propriétés. Il n’est pas vrai que la propriété puisse jamais être en opposition avec la subsistance des hommes. » [14]

La critique de la liberté économique va permettre à Robespierre de préciser sa conception de la propriété. Les subsistances étant nécessaires à l’existence, elles ne peuvent être considérées comme une propriété privée mais ont un caractère social commun :

« Les aliments nécessaires à l’homme sont aussi sacrées que la vie elle-même. Tout ce qui est indispensable pour la conservation est une propriété commune à la société entière. » [15]

On le voit, ce qui est formulé ici va très loin. La conservation du droit naturel est le but de l’association politique, le premier droit est le droit à l’existence, tout ce qui assure la conservation de l’existence est une propriété commune à la société entière.

L’idée générale de propriété chez Robespierre s’est précisée : nous avons vu en avril 1791 que la vie, la liberté, la sûreté, le droit de résistance à l’oppression, l’exercice de toutes les facultés de l’esprit et du cœur, sont des propriétés naturelles universelles. Robespierre ajoute, le 2 décembre 1792 que les biens qui assurent l’existence et sa conservation ont un caractère de bien commun à la société et pas seulement privé. Robespierre théorise ainsi deux sortes de droits sociaux : les droits naturels attachés à la personne et le droit aux subsistances qui donne à ces denrées un caractère de propriété commune.

Ici, le droit de propriété des biens nécessaires à l’existence est subordonné au droit naturel à l’existence.

Rappelons que cette même conception se retrouve dans le programme économique de la Sans-culotterie parisienne, entre autres, présenté le 5 septembre 1793, sous forme de 12 articles, dont nous extrayons les plus significatifs :

« Que le maximum des fortunes sera fixé.
« Que le même individu ne pourra posséder qu’un maximum.
« Que le même citoyen ne puisse avoir qu’un atelier qu’une boutique.
« Que toutes les denrées de premières nécessités soient fixées invariablement.

« Que les matières premières seront aussi fixées de manière que les profits de l’industrie, les salaires du travail et les bénéfices du commerce qui seront modérés par la loi, puissent mettre l’homme industrieux, le cultivateur, le commerçant à portée de se procurer, non seulement les choses nécessaires, indispensables à la conservation de leur existence, mais encore tout ce qui peut ajouter à leur jouissance. » [16]

Robespierre synthétise l’idée générale de propriété dans son projet de déclaration des droits de l’homme et du citoyen présenté à la Convention le 24 avril 1793 :

« Posons donc de bonne foi les principes du droit de propriété ; il le faut d’autant plus qu’il n’en est point que les préjugés et les vices des hommes aient cherché à envelopper de nuages plus épais.

« Demandez à ce marchand de chair humaine ce que c’est que la propriété ; il vous dira, en vous montrant cette longue bière qu’il appelle un navire, où il a enchaîné et ferré des hommes qui paraissent vivants : “voilà mes propriétés, je les ai achetées tant par tête.”

Interrogez ce gentilhomme qui a des terres et des vassaux, ou qui croit l’univers bouleversé depuis qu’il n’en a plus ; il vous donnera de la propriété des idées à peu près semblables.

Interrogez les augustes membres de la dynastie capétienne ; ils vous diront que la plus sacrée de toutes les propriétés est, sans contredit, le droit héréditaire, dont ils ont joui de toute antiquité, d’opprimer, d’avilir et de pressurer légalement et monarchiquement les 25 millions d’hommes qui habitaient le territoire de la France, sous leur bon plaisir.
« Aux yeux de tous ces gens-là, la propriété ne porte sur aucun principe de morale. Pourquoi votre déclaration des droits semble-t-elle présenter la même erreur ? »

L’exercice du droit de propriété doit être subordonné à l’éthique. Les trois exemples pris ici par Robespierre sont significatifs. Le marchand d’esclaves trafique de la chair humaine. L’esclavage est l’antithèse des droits naturels. Tout homme est propriétaire de sa personne. L’esclavage est illégitime. Le but de l’association politique est de réaliser la liberté humaine, pas la liberté du droit de propriété des biens matériels.

Le deuxième exemple est celui du seigneur féodal maître des territoires et des hommes qui y vivent. Son droit de propriété éminente sur les terres et les hommes lui permet de les soumettre à sa justice, à ses droits, à sa volonté personnelle.

Le troisième exemple est celui de la souveraineté. La monarchie héréditaire s’est approprié de façon privée la souveraineté qui n’appartient de droit légitime qu’au peuple. Cette souveraineté est un bien commun du peuple et doit rester commun. Contre ces privilèges acquis historiquement et par la force, Robespierre oppose la légitimité du droit naturel humaniste : l’esclavage est incompatible avec les droits de l’homme tout comme la seigneurie, la monarchie, ou la spéculation sur les denrées de première nécessité.

Le droit de propriété doit alors être subordonné aux principes humanistes de liberté et de réciprocité du droit (égalité) :

« En définissant la liberté, le premier des biens de l’homme, le plus sacré des droits qu’il tient de la nature, vous avez dit avec raison qu’elle avait pour bornes les droits d’autrui : Pourquoi n’avez-vous pas appliqué ce principe à la propriété qui est une institution sociale ? Comme si les lois éternelles de la nature étaient moins inviolables que les conventions des hommes. Vous avez multiplié les articles pour assurer la plus grande liberté à l’exercice de la propriété, et vous n’avez pas dit un seul mot pour en déterminer le caractère légitime, de manière que votre déclaration paraît faite non pour les hommes mais pour les riches, pour les accapareurs, pour les agioteurs et pour les tyrans. Je vous propose de réformer ces vices en consacrant les vérités suivantes :

« Article 1er - La propriété est le droit qu’a chaque citoyen de jouir et de disposer de la portion de biens qui lui est garantie par la loi.

« Article 2. - Le droit de propriété est borné comme tous les autres, par l’obligation de respecter les droits d’autrui.

« Article 3. - Il ne peut préjudicier ni à la sûreté, ni à la liberté, ni à l’existence, ni à la propriété de nos semblables.

« Article 4. - Toute possession, tout trafic qui viole ce principe est illicite et immoral. » [17]

Robespierre théorise la séparation du droit naturel et de la propriété privée des biens matériels : celle-ci n’est plus de droit naturel, mais une institution sociale et relève de la loi qui la définira. En outre, elle ne peut être illimitée puisqu’elle est subordonnée au primat du droit naturel à l’existence : les articles 3 et 4 synthétisent la critique de la liberté économique, de la libre spéculation et du droit illimité de propriété privée. Ainsi, liberté économique, esclavage et droit de propriété illimitée sont rendus anticonstitutionnelsdans le projet de société de Robespierre.

Pour mieux saisir l’apport théorique de Robespierre à la philosophie du droit naturel, reprenons l’analyse de l’idée générale de propriété à l’œuvre dans son projet complet de déclaration des droits de l’homme et du citoyen :

« Article 1er - Le but de toute association politique est le maintien des droits naturels et imprescriptibles de l’homme, et le développement de toutes ses facultés.

« Article 2. - Les principaux droits de l’homme sont celui de pourvoir à la conservation de son existence et la liberté.

« Article 5. - Le droit de s’assembler paisiblement, le droit de manifester ses opinions soit par la voie de l’impression, soit de toute autre manière, sont des conséquences si nécessaires du principe de la liberté de l’homme que la nécessité de les énoncer suppose ou la présence ou le souvenir récent du despotisme. »

Les articles 27 et 31 précisent les droits naturels de résistance à l’oppression et d’insurrection :

« Article 27. - La résistance à l’oppression est la conséquence des autres droits de l’homme et du citoyen.

« Article 29. - Lorsque le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

La vie, la propriété de sa personne, la liberté, la conservation de l’existence, le développement de toutes ses facultés, la résistance à l’oppression et l’insurrection sont des propriétés… propres à l’être humain, et de droit naturel.

La citoyenneté, c’est-à-dire la liberté en société, étant une propriété de droit naturel, en conséquence, la loi et le gouvernement sont des propriétés communes au souverain, c’est-à-dire au peuple :

« Article 22. - Tous les citoyens ont un droit égal de concourir à la nomination des mandataires du peuple et à la formation de la loi.

« Article 14. - Le peuple est souverain : le gouvernement est son ouvrage et sa propriété, les fonctionnaires publics sont ses commis. Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement et révoquer ses mandataires. »

Le but de la société est de maintenir les droits naturels, nous l’avons vu, et d’assurer la conservation de l’existence :

« Article 10. - La société est obligée de pourvoir à la subsistance de tous ses membres, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler. »

En plus des articles limitant le droit de propriété des biens matériels que nous avons vus, Robespierre conçoit une redistribution des richesses par l’impôt sur les possédants et par l’impôt progressif :

« Article 11. - Les secours indispensables à celui qui manque du nécessaire sont une dette de celui qui possède le superflu : il appartient à la loi de déterminer la manière dont cette dette doit être acquittée.

« Article 12. - Les citoyens, dont les revenus n’excèdent point ce qui est nécessaire à leur subsistance, sont dispensés de contribuer aux dépenses publiques. Les autres doivent les supporter progressivement, selon l’étendue de leur fortune. »

Ainsi, l’idée générale de propriété chez Robespierre recouvre trois formes. La propriété de droit naturel attachée à la personne : vie, personne, liberté, citoyenneté, sûreté, résistance à l’oppression, développement de toutes les facultés, réunion, expression. La propriété de droit naturel commune au souverain : formation de la loi et gouvernement, selon le principe de la souveraineté populaire, source de la légitimité. La propriété des biens matériels, institution sociale qui n’est pas de droit naturel, limitée et subordonnée par la loi au droit à l’existence.

La suite est à consulter dans le livre Triomphe et mort du droit naturel en Révolution 1789-1795-1802, p. 78 à 95.

[1] Robespierre, Œuvres complètes, Paris, t. VII, 1950, p. 161.

[2] Id., p. 164.

[3] Id., p. 166.

[4] Id., p. 162.

[5] Id., p. 163.

[6] Id., p. 167.

[7] Id., p. 167.

[8] Id., p. 164.

[9] F. Gauthier, « De Mably à Robespierre », in La guerre du blé au XVIIIe siècle, op. cit.

[10] Robespierre, Œuvres complètes, op. cit., t. IX, p. 113.

[11] Id., p. 112.

[12] Id., p. 111. Liberté économique et loi martiale avaient été décrétées respectivement le 26 août et le 21 octobre 1789. À la suite du 10 août 1792, le mouvement démocratique réclama leur suppression, ce qui provoqua le débat à la Convention dans lequel s’inscrit l’intervention de Robespierre.

[13] Id., p. 112.

[14] p. 112.

[15] Id., p. 112.

[16] W. Markov, A. Soboul, Die Sans-culotten von Paris. Dokumente zur geschichte der Volksbewegung, Berlin, 1975, p. 136 ; A. Soboul, Les Sans-culottes parisiens en l’an II, op. cit., p. 163 : « Cette pétition n’en marque pas moins le sommet de la poussée populaire de l’été 1793 ; jamais les Sans-culottes ne formulèrent avec plus de précision leur idéal social. La crise politique et la disette leur avait fait prendre une conscience plus nette de leurs aspirations, que les journalistes populaires, Hébert, J. Roux et Leclerc avaient bien exprimées, mais jamais, et sans doute à dessein, avec cette formulation vigoureuse. »

[17] Robespierre, Œuvres complètes, op. cit., t. IX, p. 461.

http://www.lecanardrépublicain.net/spip.php?article381

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http://ahrf.revues.org/

“La Réaction Thermidorienne”, l’ouvrage d’Albert Mathiez réédité. octobre 16 2010

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Albert Mathiez

La Réaction Thermidorienne

Présentation de Yannick Bosc et Florence Gauthier

La Réaction Thermidorienne, d’Albert Mathiez : un classique, et un ouvrage d’actualité. Un livre sur une période dont on ne parle jamais, mais qui a imprimé si durablement sa marque sur notre histoire que l’on peut dire que nous sommes, depuis plus de deux siècles, gouvernés par des Thermidoriens.

L’incandescence révolutionnaire s’éteint, la réaction triomphe partout. La grande trajectoire de l’insurrection parisienne se termine par les tragiques émeutes de la faim de prairial et de germinal. La lutte est féroce entre les Thermidoriens « de gauche » – les anciens terroristes –, les Girondins de retour et les royalistes qui relèvent la tête. De cette période violente et sombre, Mathiez dresse un tableau qui, souvent, résonne avec notre actualité, tant il est vrai que les gouvernements de fripons se ressemblent, ou plutôt se répètent.

La présentation de Florence Gauthier et Yannick Bosc replace Mathiez dans l’historiographie révolutionnaire : critiqué à la fois par les communistes encasernés et par les « révisionnistes », il nous apparaît aujourd’hui comme le plus grand historien moderne de la Révolution.

Albert Mathiez (1874 -1932), historien, professeur à l’Université de Dijon puis à la Sorbonne et à l’École des Hautes Études, est le fondateur de la Société des Études Robespierristes et des Annales Historiques de la Révolution française.

Yannick Bosc est maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Rouen.

Florence Gauthier est maître de conférences hdr en histoire moderne à l’Université Paris Diderot-Paris 7.

Parution : 23/09/2010
ISBN : 978-2-3587-2012-0
410 pages
25.00 euros
Port : 2.50 euros

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64 rue Rébeval

75019 PARIS

Téléphone et Fax : 01 40 15 02 63

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MANIFESTER CONTRE LE PROJET DE REFORME DES RETRAITES. UN SEUL MOT D’ORDRE LE RETRAIT ! septembre 22 2010

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APPEL A FAIRE GREVE ET A MANIFESTER CONTRE LE PROJET DE REFORME DES RETRAITES. UN SEUL MOT D’ORDRE LE RETRAIT !

 

Demain, jeudi 23 septembre dans toute la France, soyons mobilisés pour exiger le retrait de la réforme des retraites et notamment la retraite à 62 ans.

Salariés, paysans, demandeurs d’emplois, retraités, étudiants, lycéens, organisations syndicales et associatives, partis politiques de gauche, républicains et jacobins, citoyens : exigeons le retrait de cette réforme régressive, injuste, anti sociale, anti républicaine, qui remet en cause les acquis de la retraite par répartition voulue par le CNR au lendemain de la Libération du pays en 1945 et de l’acquis de la gauche du programme commune voté en 1982 et entrant en application dès 1983.

La retraite est notre salaire différé mais c’est aussi un bien commun. La propriété de ceux qui n’ont rien.

Nous soutenons l’appel lancé par FO aux Etudiants et Lycéens pour qu’ils se joignent demain et les jours suivants à la lutte, à la grève et aux manifestations. C’est aussi un peu de leur avenir que l’on remet en cause avec cette retraite à 62 ans.

Nous devons plus que jamais engager une lutte sociale, politique et citoyenne dans l’unité et la fermeté pour que le gouvernement recule et retire son projet de réformes des retraites.

Nous devons reconquérir la retraite à 60 ans et engager les financements nécessaires et solidaires.

A chaque Citoyen, à chaque Citoyenne, nous lançons un appel à manifester et à faire grève massivement demain mercredi 23 septembre 2010 dans chaque coin de notre belle France.

Salut et Fraternité.

Le Collectif du Manifeste Jacobin Pour la République et le Socialisme

21 ET 22 SEPTEMBRE 1792 - LA REPUBLIQUE EST PROCLAMEE ! UNE NOUVELLE ERE S’OUVRE CELLE DU PEUPLE CITOYEN ET SOUVERAIN ! septembre 21 2010

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Par Darthé-Payan

Je réserve ma présente note à la République qui est proclamée ce 21 septembre 1792.

La France révolutionnaire faisait l’Histoire. Le Peuple français faisait l’Histoire !

L’ERE NOUVELLE OUVERTE UN CERTAIN 14 JUILLET 1789 ET POURSUIVIE LE 10 AOUT 1792 DEBOUCHE SUR L’IMPLICATION DU PEUPLE SOUVERAIN ET CITOYEN

Une nouvelle ère ouverte un certain 14 juillet 1789, allait après l’implication du peuple de Paris, le 10 août 1792, ouvrir un retournement de l’Histoire tant en France qu’en Europe et même dans le Monde. La monarchie suspendue le 10 août 1792, aller en ce 21 septembre 1792 être abrogée et la République fût proclamée par la Convention nationale.

LA VICTOIRE DES ARMEES REVOLUTIONNAIRES A VALMY

Le 20 septembre 1792 La victoire de l’armée révolutionnaire à Valmy.

L’armée Prussienne commandée par Brunswick et les Autrichiens ont envahi la Lorraine et pris Verdun. Les Prussiens franchissent l’Argonne mais l’Armée du Général Dumouriez, en passant par un autre défilé, s’installe dans leurs dos. Les renforts de Kellermann, ne permettraient aux armées de la révolution d’être toujours en infériorité numérique. La grande bataille s’engage en dessous de la butte de Valmy que domine un moulin. Après de violents combats ou la canonnade est la règle, les ennemis Prussiens montent à l’assaut. Les Prussiens sont surpris, stupéfiaient par le vaillance des Français parmi lesquels les volontaires souvent fort peu expérimentés font face et combattent au Chant de La Marseillaise et aux cris de Vive la Nation ! Les Prussiens stoppent leur attaque et battent en retraite.

L’Armée de la France Révolutionnaire, les vaillants soldats de cette armée patriote feront de la France un pays qui change la face de l’Europe, la face de l’Histoire !

LE PEUPLE SOUVERAIN PAR SES REPRESENTANTS ABOLIT LA MONARCHIE ET PROCLAME LA REPUBLIQUE : LA FRANCE REVOLUTIONNAIRE FAIT L’HISTOIRE ET L’UNIVERSALITE.

A Paris, le 21 Septembre 1792, la Convention nationale, toute nouvelle assemblée nationale constituante se réunit à Paris à la Salle du Manège. L’assemblée a glissé à Gauche et les partisans de l’Ancien Régime sont défaits. A droite, les Girondins (Brissotins), à Gauche, les Jacobins avec les plus ardents que l’on appelle les Montagnards; Au milieu la Plaine ou le Marais.

En sa première séance La Convention Nationale abolit la Monarchie. La République est proclamée.

Le 22 septembre, la Convention officialise le décret signé notamment par le Premier Président de la Convention Pétion, puis par Brissot, Lasource et contresigné par Danton et Monge. Le document collationné le 22 septembre fait que la Convention proclame la République et fait de ce 22 septembre 1792 le 1er jour la République. Tous les actes et documents seront datés de l’An I de la République.

L’Ancien Régime, la Monarchie, le Roi sont balayés par l’Histoire que fait le peuple insurrectionnel et les représentants élus de ce dernier réuni en Convention nationale. La République - Res publica - la chose publique, cette belle construction politique et humaine qui fera de l’Homme, une personne humaine en perpétuelle émancipation. Bref, la République fera, de la personne humaine émancipée, un citoyen et un souverain. Le citoyen souverain s’intéressera aux principes essentiels de la République qu’est la Liberté, L’Égalité, la Fraternité, l’Universalité.

Danton et Robespierre, quelques jours plus tard, le 25 septembre 1792 ajouteront une nouvelle pierre à l’édifice républicain avec les principes d’Unité et d’Indivisibilité de notre République. La Convention Nationale fera de la France une république une et indivisible. Il ne restait plus grand chose de l’Ancien Régime et de la Monarchie. Que la volonté d’essayer de ralentir ou de dénaturer les choses. 

PRINCIPES REPUBLICAINS  : LA GAUCHE DEVRAIT  SE LES REAPPROPRIER : HELAS, ELLE PREFERE FAIRE DANS LE LIBERTARISME ET L’EUROPEISME !

La République c’est le Peuple souverain et citoyen, ces représentants élus, la liberté, l’égalité, la fraternité , l’intérêt général, l’unité et l’indivisibilité de la république et son universalité. Puis plus tard, les principes essentiels de la Laïcité, de la solidarité et de l’Instruction publique comme ceux la grandeur et le rayonnement international et universel seront ajoutés et complèteront cette construction politique émancipatrice qui prend source dans l’idéal des Lumières et de la Révolution.

Alors, que de nos jours, il est facile de pratiquer les chemins anti républicains et contre révolutionnaires du côté de la droite mais aussi du côté de la gauche. Oui, la gauche qui bien souvent oublie les principes essentiels et fondamentaux de la République pour s’égarer dans l’individualisme des classes moyennes, le communautarisme (religieux, ethnique, etc…), le consumérisme, l’écologie libertarienne, le régionalisme et autre décentralisme qui mettent à mal la République et ses principes émancipateurs.

Egalement, l’Europe libérale de la concurrence libre et non faussée, l’Europe oligarchique nie à la fois ce qu’est la République, les Etats-Nations, le peuple souverain et citoyen. Voir la gauche se vautrer dans un européisme fédéraste du libre échange, négation des principes républicains et de la réalité des Etats-Nations c’est proprement aberrant et c’est un sacré retournement de l’Histoire. Le dictat de la pensée post soixante huit, le fourtout libertarien et écolo sociétal font que la gauche bien souvent considère la République comme un ennemi ! On croirait voir revenir le temps ou la République était appelée la Gueuse, par la droite monarchiste, anti républicaine, catholique et nationaliste et également par le haut clergé. Oui pour une certaine gauche (gôche), la République c’est la gueuse !

Etre pour la République c’est désormais reconquérir la pleine souveraineté nationale et populaire en rompant avec l’Union Européenne, la BCE, le GMT, l’OTAN, le FMI et l’OMC et entreprendre la souveraineté politique et citoyenne sur l’économie, la monnaie et les marchés. C’est aussi reconquérir notre souveraineté sur notre marché intérieur. 

Chères Citoyennes, Chers Citoyens, Républicains socialistes et jacobins, pour terminer ma présente note, je vous fais partager l’un des discours de Jean-Jaurès à propos de la République et du socialisme prononcé à la Chambre des Députés lors de la séance du 21 novembre 1893.

Bonne lecture.

Vive la République ! Vive la France !

Salut et Fraternité.

D-P.

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La République et le socialisme : réponse à la déclaration du cabinet Charles Dupuy

Séance du 21 novembre 1893

Présidence de Jean Casimir-Perier

Eu début de législature, Charles Dupuy dont le cabinet a été formé le 4 avril 1893, fait une déclaration sur le programme du gouvernement. Jean  Jaurès interpelle le cabinet sur sa politique générale. Après avoir critiqué le programme du Gouvernement, il  démontre l’impossibilité de combattre le socialisme sans abandonner les principes républicains.

M. Jaurès. — Messieurs, M. le président du conseil a été très modeste en dérobant aux méditations et à l’examen minutieux de la Chambre la longue table des matières qui constitue la déclaration ministérielle. Mais mes amis et moi nous ne nous plaignons nullement que la discussion immédiate ait été ordonnée.

Un membre au centre. — Alors, pourquoi avez-vous voté contre ?

M. Jaurès. — Il y a, dès maintenant, deux résultats acquis : le premier, c’est que M. le président du conseil a dû, dès la première journée, peser sur la Chambre pour obtenir un débat écourté et diminué. (Applaudissements à l’extrême gauche. — Réclamations à gauche et au centre.)

Le second, c’est que dès le premier jour aussi, pour former une majorité avec des déclarations qui restent vagues, il a fallu sonner la fanfare contre le parti socialiste ; dès le premier jour, il a fallu remplacer par une tactique et par une diversion, un exposé clair et précis de la politique gouvernementale. (Nouveaux applaudissements à l’extrême gauche.)

Ah ! messieurs, cette tactique ne réussira probablement pas longtemps auprès de la Chambre.

Il est facile de dénoncer comme de mauvais patriotes ceux qui ont une conception très noble du rôle de la France démocratique dans le monde. Mais ce n’est pas par de pareilles déclamations qu’on remplace la précision politique. (Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche.)

Il reste vrai, après ces paroles, que la majorité qu’on invite à appuyer le gouvernement a des explications précises à demander. (Très bien ! à gauche.)

M. le président du conseil n’a apporté ici qu’une sorte de programme négatif : Pas de révision, pas de séparation de l’Église et de l’État, pas de grandes réformes fiscales ! Mais ces négations suffiront-elles à constituer une majorité de gouvernement et à alimenter, la vie de la Chambre ? Je ne suppose pas que lorsqu’il a parlé de l’impôt unique, inquisitorial et progressif, il ait eu l’intention d’être particulièrement cruel pour son collègue M. le ministre des finances. (Rires à l’extrême gauche.)

M. Peytral, ministre des finances. — Je n’ai jamais entendu établir ni un impôt unique, ni un impôt inquisitorial, ni un impôt progressif. (Exclamations en sens divers.)

M. Jaurès. — Messieurs, M. le ministre des finances va précisément au-devant de ma pensée ; il dit que l’impôt sur le revenu, tel qu’il le comprend, tel qu’il l’a, il y a quelques mois encore, annoncé à la Chambre, n’est ni l’impôt unique, ni l’impôt inquisitorial, ni l’impôt progressif. Il résulte de sa déclaration que le ministère, par cette formule, n’a pas entendu condamner l’impôt sur le revenu.

Je demande donc au gouvernement si sous cette phrase agressive contre certaines formules d’impôt, M. le président du conseil a, oui ou non, prétendu viser l’impôt sur le revenu. (Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche.)

Je lui demande en outre s’il croit qu’il satisfera au besoin de réformes qui est dans ce pays en déclarant qu’il faudra songer peut-être à une organisation de caisse de retraite qui, selon lui, si elle est nécessaire, sera particulièrement malaisée ; en sorte que ce qu’on vous annonce surtout comme réformes, c’est l’impossibilité d’aboutir dans les réformes mêmes qu’on indique.

Messieurs, en ce qui nous concerne, nous ne nous arrêterons pas à ces détails. Pour nous, la déclaration ministérielle est parfaitement claire : c’est une déclaration de guerre au parti socialiste. (Mouvements divers.)

Toutes les paroles, toutes les attitudes du gouvernement nous signifient la guerre ; je dirais presque que toutes ses pensées sont tournées contre nous, si peut-être la conscience de quelques-uns des hommes qui sont au pouvoir n’était traversée parfois par certains ressouvenirs. (Exclamations ironiques sur divers bancs à gauche et à l’extrême gauche.) Mais je suis sûr que ceux-là mêmes nous détestent plus encore que nos ennemis de la veille, parce que nous leur sommes l’occasion incessante de douloureux retours sur eux-mêmes. (Applaudissements à l’extrême gauche.)

Donc, c’est contre nous le combat avoué, déclaré, implacable ; et en vérité, on nous fait le grand honneur de calculer par rapport à nous tout le mouvement politique. Aussi je ne viens pas vous demander : Entendez-vous nous seconder, ou nous combattre ? La question est résolue depuis plusieurs mois. Je viens vous demander, monsieur le président du conseil, au nom de quel principe, en vertu de quelle conception maîtresse vous entendez combattre le mouvement socialiste. (Mouvements divers.)

Car pour les hommes politiques, — j’entends pour ceux qui nous combattent, — il y a deux façons de juger le mouvement socialiste qui se développe à l’heure actuelle.

Ou bien vous le considérez comme un mouvement superficiel, factice, passager, qui a été créé par quelques excitations isolées, qui a été développé par l’anarchie générale et par la faiblesse du pouvoir, et qu’un peu de fermeté gouvernementale suffira à contenir ou même à supprimer ; ou bien au contraire vous le considérez comme un mouvement dangereux, funeste, mais spontané et profond, qui sort de l’évolution même des choses et de l’histoire et qui est la résultante de toutes les forces humaines en action. (Applaudissements à l’extrême gauche.)

Une voix. — Qu’est-ce que cela veut dire ?

M. Jaurès. — Je demande que le Journal officiel mentionne le nom de celui de nos collègues qui s’écrie : « Qu’est-ce que cela veut dire ? » (Mouvements divers.)

Je dis que même alors, vous pouvez essayer de le combattre, si vous le jugez plus périlleux encore qu’irrésistible ; vous pouvez essayer de barrer la route à l’histoire.

Un membre au centre. — C’est vous qui voulez lui barrer la route !

M. Jaurès. — Vous pouvez essayer d’arrêter la poussée des hommes et des choses. Vous pouvez vous dire qu’après tout il vous sera glorieux d’avoir lutté, que nul n’a pu mesurer encore exactement la force de résistance de certaines volontés humaines, et qu’en tout cas vous aurez peut-être retardé de quelques années l’avènement de la barbarie.

Mais si je vous demande : De ces deux hypothèses quelle est la vôtre ? c’est là non pas une vaine question de philosophie sociale, mais une question politique, parce que selon que vous aurez opté pour l’une ou pour l’autre, votre politique et celle de la majorité que vous voulez entraîner avec vous sera différente.

Si le mouvement socialiste n’est qu’une effervescence passagère, s’il n’est que la fièvre momentanée d’un organisme d’ailleurs résistant et sain, il suffira pour le calmer d’un peu d’hygiène gouvernementale.

On enverra aux préfets de bonnes circulaires pour que tous les fonctionnaires, petits ou grands, donnent contre le socialisme ; on demandera aux procureurs généraux des rapports confidentiels (Rires et applaudissements à l’extrême gauche. — Bruit) ; on consignera les députés socialistes dans leurs circonscriptions, et puisqu’il paraît qu’ils ne sortent plus maintenant qu’avec leurs écharpes, et comme le peuple devenu fétichiste a une sorte de piété pour les emblèmes parlementaires, il ne sera permis de les porter que dans les grandes cérémonies, dans les processions solennelles où la confrérie parlementaire se déroulera tout entière, précédée par les chanoines ministériels. (Nouveaux rires et applaudissements sur les mêmes bancs.)

Au besoin, de-ci, de-là, on administrera quelques coups de lance, on traduira en justice quelques syndicats, et alors, quand il aura été bien démontré au peuple — qui, paraît-il, ne prend pas le socialisme au sérieux, qui joue simplement au socialisme — que c’est un jeu dangereux et une mode surannée, tout sera fini : le prolétariat renoncera à ses vastes groupements, il ne formulera plus ses revendications de classe, il saluera comme une bienfaisante loi de nature la concentration graduelle de la puissance économique en un nombre de mains toujours plus petit ; il saluera dans le salariat une institution définitive, et n’ayant plus rien à adorer, il adorera le capital éternel. (Applaudissements sur les mêmes bancs à gauche et à l’extrême droite de la salle.)

M. Adolphe Turrel. — Après les chanoines, les prédicateurs ! (Bruit.)

M. Jaurès. — Alors, messieurs, avec ce gouvernement sauveur qui aura marché sur le fantôme, qui aura dissipé le cauchemar, vous pourrez vous livrer en toute sécurité, en toute sérénité à la petite besogne quotidienne. Dans la maison capitaliste consolidée, vous pratiquerez quelques petites réparations pour passer le temps.

Mais si au contraire le mouvement socialiste est déterminé tout à la fois par la forme de la production dans le monde contemporain et par l’état des sociétés politiques, s’il tient tout ensemble au cœur même des choses et aux entrailles du prolétariat, en engageant la majorité gouvernementale dans la lutte contre lui, vous l’engagez, monsieur le président du conseil, dans le plus rude, dans le plus douloureux et le plus hasardeux des combats. Lorsque vous aurez abattu ou emprisonné, ou bâillonné quelques-uns de ceux que vous appelez les chefs, il en surgira d’autres du peuple même, de la nécessité même, infatigablement. (Applaudissements à l’extrême gauche.)

Lorsque vous aurez dompté le prolétariat sur un point, il se relèvera sur un autre ; quand vous croirez l’avoir dompté partout, il recueillera ses forces pour de nouvelles revendications et de nouvelles affirmations. Vous obtiendrez peut-être un silence momentané, vous n’obtiendrez pas la résignation. (Mouvement.)

Vous n’aurez pas la paix ; vous n’aurez qu’une trêve inquiète et soupçonneuse, et le temps, les années même travailleront contre vous. Car, d’une part, le développement du machinisme et de la grande industrie achèvera de jeter dans le salariat ces petits artisans, cette petite bourgeoisie derrière laquelle vous vous abritez encore, et l’armée ennemie sera grossie de tous les expropriés, de tous les spoliés de l’ordre social actuel.

D’autre part, ayant perdu dans les agitations, dans les répressions systématiques, dans les luttes imprudentes engagées contre un mouvement puissant le meilleur de votre force, il ne vous restera plus ni temps, ni liberté d’esprit, ni énergie pour réaliser même ces réformes partielles qui ne sauveraient pas l’ordre social actuel, mais qui en calmant quelques douleurs et en désarmant quelques colères, vous donneraient au moins un peu de répit. Si bien que la majorité républicaine se trouvera devant une crise tous les jours plus grave, plus grave par le développement même des conditions de la production qui créent le socialisme, plus grave parce que votre esprit d’agression et de résistance aura accumulé les colères et les difficultés. (Applaudissements sur divers bancs à gauche. — Exclamations au centre.)

J’ai donc le droit, monsieur le président du conseil, de vous demander ceci : Je vous prie de dire nettement à la majorité que vous voulez grouper derrière vous si vous espérez avoir raison du mouvement socialiste avec les quelques lois de police que vous annoncez, si vous croyez en avoir raison en quelques escarmouches, ou si la majorité gouvernementale va être obligée de s’armer du bouclier et du glaive pour la plus longue et la plus rude des expéditions à l’intérieur. (Très bien ! sur divers bancs à gauche.)

Ah ! je le sais bien, on essaye et tout à l’heure dans votre déclaration vous avez essayé vous-même d’éluder le problème avec ce mot de « meneurs ».

M. le président du conseil. — Je ne l’ai pas éludé. Je l’ai posé très nettement.

M. Jaurès. — Je dis que vous aussi, après bien d’autres, vous avez essayé d’éluder le jugement d’ensemble qui doit être porté sur la situation actuelle en appelant les anathèmes de la majorité sur ceux que vous appelez les meneurs.

Eh bien ! permettez-moi de vous le dire, il y a là d’abord une lamentable contradiction. Car ces hommes que vous appelez les meneurs, s’ils se sont levés avant le peuple, s’ils se sont je dirai presque levés avant le jour… (Rires et exclamations diverses.)

M. Lavy. — Ce n’est pas de l’éloquence ministérielle ! Ces messieurs sont difficiles.

M. Jaurès. — … s’ils ont essayé d’organiser le prolétariat avant qu’il fût une force, s’ils ont annoncé une société nouvelle aux travailleurs encore résignés à la société présente, si pendant longtemps, sans espérer aucune récompense prochaine, ils ont lutté n’ayant avec eux qu’une poignée de militants, affrontant ainsi tout à la fois la colère des gouvernements et l’indifférence plus terrible encore des travailleurs, ils ne sont pas les ambitieux et les intrigants que vous dites. (Oh ! Oh ! à gauche et au centre.) Ils ont été des hommes de croyance, des hommes de foi. Mais si au contraire vous prétendez qu’ils ont attendu, pour l’exploiter, que le mouvement se produisit, c’est donc qu’il s’était produit avant eux. C’est que ce ne sont pas eux les meneurs ; c’est que c’est le peuple lui-même qui les a menés. (Vifs applaudissements à l’extrême gauche.)

En vérité, vous êtes dans un état d’esprit étrange. (Exclamations au centre.) Vous avez voulu faire des lois d’instruction pour le peuple ; vous avez voulu par la presse libre, par l’école, par les réunions libres multiplier pour lui toutes les excitations et tous les éveils. Vous ne supposiez pas, probablement, que dans le prolétariat tous au même degré fussent animés par ce mouvement d’émancipation intellectuelle que vous vouliez produire. Il était inévitable que quelques individualités plus énergiques vibrassent d’une vibration plus forte. Et parce que ces individualités, au lieu de se séparer du peuple, restent avec lui et en lui pour lutter avec lui, parce qu’au lieu d’aller mendier je ne sais quelles misérables complaisances auprès du capital soupçonneux, ces hommes restent dans le peuple pour préparer l’émancipation générale de la classe dont ils sont, vous croyez les flétrir et vous voulez les traquer par l’artifice de vos lois !

Savez-vous où sont les meneurs, où sont les excitateurs ? Ils ne sont ni parmi ces ouvriers qui organisent les syndicats que vous voulez sournoisement dissoudre, ni parmi les théoriciens, ni parmi les propagandistes de socialisme ; non, les principaux meneurs, les principaux excitateurs, ils sont d’abord parmi les capitalistes eux-mêmes, mais ils sont dans la majorité gouvernementale elle-même. (Applaudissements à l’extrême gauche. — Protestations au centre.)

Ah ! messieurs, c’est un singulier aveuglement que le vôtre, d’attribuer à quelques hommes l’évolution universelle qui se produit. N’êtes-vous pas frappés par l’universalité du mouvement socialiste ? Partout, dans tous les pays du monde, il éclate à la même heure. Vous ne pouvez depuis dix ans faire l’histoire de la Belgique, de l’Italie, de l’Allemagne, de l’Autriche, sans faire l’histoire du parti socialiste. Il en est de même des États-Unis, de l’Australie, et même de cette Angleterre qui était, selon vous, le refuge de l’individualisme ; voilà que les trade-unions entrent dans le mouvement socialiste ; voilà qu’elles renoncent à faire simplement une agitation professionnelle, voilà qu’elles entrent dans l’action politique ; elles ne s’enferment plus dans leur île, elles prennent part à tous les congrès internationaux ; elles ne veulent plus simplement constituer une aristocratie ouvrière, se créer dans l’ordre capitaliste des avantages particuliers ; elles s’ouvrent à tous les métiers, aux plus misérables, à ceux qu’on appelait disqualifiés : c’est l’idée socialiste qui s’affirme dans ce pays prétendu individualiste. Ce sont les formules mêmes du socialisme qui ont été récemment promulguées par le congrès des trade-unions de Belfast, et sous la pression de l’idée socialiste en Angleterre, on voit le gouvernement libéral obligé de proposer des lois sociales ; on le voit intervenir dans les conflits entre le capital et le travail, non pas, comme les ministres de la République française, pour écraser les travailleurs (Applaudissements sur divers bancs à l’extrémité gauche et à l’extrémité droite de la salle), mais pour amener une trêve honorable qui calme, au moins momentanément, la fermentation des haines.

Et c’est devant ce mouvement universel qui entraîne à la fois les peuples les plus divers, quels que soient le climat, le régime politique et la race, que vous venez parler de quelques excitations isolées ! Mais vous faites trop d’honneur, monsieur le président du conseil, à ceux que vous accusez ; vous donnez trop de puissance à ceux que vous appelez les meneurs. Il ne dépend pas d’eux de déchaîner un mouvement aussi vaste, et il ne suffit pas du souffle débile de quelques bouches humaines pour soulever cette houle du prolétariat universel. (Applaudissements sur les mêmes bancs.)

Non, messieurs, la vérité, c’est que ce mouvement sort des profondeurs mêmes des choses ; c’est qu’il sort d’innombrables souffrances qui jusqu’ici ne s’étaient point concertées, mais qui ont trouvé dans une formule libératrice leur point de ralliement. La vérité, c’est qu’en France même, dans notre France républicaine, le mouvement socialiste est sorti tout à la fois de la République, que vous avez fondée, et du régime économique qui se développe dans ce pays depuis un demi-siècle.

Vous avez fait la République, et c’est votre honneur ; vous l’avez faite inattaquable, vous l’avez faite indestructible, mais par là vous avez institué entre l’ordre politique et l’ordre économique dans notre pays une intolérable contradiction.

M. René Goblet. — Très bien !

M. Jaurès. — Dans l’ordre politique, la nation est souveraine et elle a brisé toutes les oligarchies du passé ; dans l’ordre économique la nation est soumise à beaucoup de ces oligarchies ; et entre parenthèses, monsieur le président du conseil, il ne suffisait pas de dire à la Chambre, ce qu’elle sait amplement sans vous, que la question de la Banque de France posera devant elle ; il fallait lui dire de quelle façon le gouvernement entendait qu’elle fût résolue. (Applaudissements à l’extrémité gauche et à l’extrémité droite de la salle.)

Oui, par le suffrage universel, par la souveraineté nationale, qui trouve son expression définitive et logique dans la République, vous avez fait de tous les citoyens, y compris les salariés, une assemblée de rois. C’est d’eux, c’est de leur volonté souveraine qu’émanent les lois et le gouvernement ; ils révoquent, ils changent leurs mandataires, les législateurs et les ministres ; mais au moment même où le salarié est souverain dans l’ordre politique, il est dans l’ordre économique réduit à une sorte de servage.

Oui ! au moment où il peut chasser les ministres du pouvoir il est, lui, sans garantie aucune et sans lendemain, chassé de l’atelier. Son travail n’est plus qu’une marchandise que les détenteurs du capital acceptent ou refusent à leur gré.

Il peut être chassé de l’atelier, il ne collabore pas aux règlements d’atelier qui deviennent tous les jours plus sévères et plus captieux, et qui sont faits sans lui et contre lui.

Il est la proie de tous les hasards, de toutes les servitudes, et à tout moment, ce roi de l’ordre politique peut être jeté dans la rue ; à tout moment, s’il veut exercer son droit légal de coalition pour défendre son salaire, il peut se voir refuser tout travail, tout salaire, toute existence par la coalition des grandes compagnies minières. Et tandis que les travailleurs n’ont plus à payer, dans l’ordre politique, une liste civile de quelques millions aux souverains que vous avez détrônés, ils sont obligés de prélever sur leur travail une liste civile de plusieurs milliards pour rémunérer les oligarchies oisives qui sont les souveraines du travail national. (Applaudissements répétés sur plusieurs bancs à l’extrémité gauche et à l’extrémité droite de la salle.)

Et c’est parce que le socialisme apparaît comme seul capable de résoudre cette contradiction fondamentale de la société présente, c’est parce que le socialisme proclame que la République politique doit aboutir à la République sociale, c’est parce qu’il veut que la République soit affirmée dans l’atelier comme elle est affirmée ici ; c’est parce qu’il veut que la nation soit souveraine dans l’ordre économique pour briser les privilèges du capitalisme oisif, comme elle est souveraine dans l’ordre politique, c’est pour cela que le socialisme sort du mouvement républicain. C’est la République qui est le grand excitateur, c’est la République qui est le grand meneur : traduisez-la donc devant vos gendarmes ! (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)

Et puis, vous avez fait des lois d’instruction. Dès lors, comment voulez-vous qu’à l’émancipation politique ne vienne pas s’ajouter, pour les travailleurs, l’émancipation sociale quand vous avez décrété et préparé vous-mêmes leur émancipation intellectuelle ? Car vous n’avez pas voulu seulement que l’instruction fût universelle et obligatoire : vous avez voulu aussi qu’elle fût laïque, et vous avez bien fait. (Marques d’assentiment sur divers bancs. — Bruit au centre.)

M. Adolphe Turrel. — M. l’abbé Lemire ne vous applaudit pas au mot « laïque », tandis qu’il vous applaudissait tout à l’heure. (Bruit.)

M. Louis Jourdan. — Dans tous les cas, il donne un exemple qui n’est malheureusement pas assez suivi. Il faudrait en voir beaucoup comme lui. (Bruit.)

M. Jaurès. — Vous n’avez pas, comme vous en accusent souvent des adversaires passionnés, ruiné les croyances chrétiennes, et ce n’était pas votre objet. Vous vous proposiez simplement d’instituer dans vos écoles une éducation rationnelle. Ce n’est pas vous qui avez ruiné les croyances d’autrefois ; elles ont été minées bien avant vous, bien avant nous, par les développements de la critique, par la conception positive et naturaliste du monde, par la connaissance, et la pratique d’autres civilisations, d’autres religions, dans l’horizon humain élargi. Ce n’est pas vous qui avez rompu les liens vivants du christianisme et de la conscience moderne ; ils étaient rompus avant vous. Mais ce que vous avez fait, en décrétant l’instruction purement rationnelle, ce que vous avez proclamé, c’est que la seule raison suffisait à tous les hommes pour la conduite de la vie. (Applaudissements sur plusieurs bancs à l’extrémité gauche et à l’extrémité droite de la salle.)

M. Lemire. — Très bien ! très bien !

M. Fernand de Ramel. — Vous oubliez, monsieur Jaurès, qu’en décrétant l’instruction laïque, vous avez violé la liberté dont vous parliez tout à l’heure !

M. Jaurès. — Par là même, vous avez mis en harmonie l’éducation populaire avec les résultats de la pensée moderne ; vous avez définitivement arraché le peuple à la tutelle de l’Église et du dogme ; vous avez rompu non pas ces liens vivants dont je parlais tout à l’heure, mais les liens de passivité, d’habitude, de tradition et de routine qui subsistaient encore.

Mais qu’avez-vous fait par là ? Ah ! je le sais bien, ce n’était qu’une habitude et non pas une croyance qui survivait encore en un grand nombre d’esprits ; mais cette habitude était, pour quelques-uns tout au moins, un calmant et un consolant. Eh bien ! vous, vous avez interrompu la vieille chanson qui berçait la misère humaine… (Applaudissements sur les mêmes bancs) et la misère humaine s’est réveillée avec des cris, elle s’est dressée devant vous, et elle réclame aujourd’hui sa place, sa large place au soleil du monde naturel, le seul que vous n’ayez point pâli.

De même que la terre perd, par le rayonnement nocturne, une partie de la chaleur que le jour y a accumulée, une part de l’énergie populaire se dissipait par le rayonnement religieux dans le vide sans fond de l’espace.

Or, vous avez arrêté ce rayonnement religieux, et vous avez ainsi concentré dans les revendications immédiates, dans les revendications sociales tout le feu de la pensée, toute l’ardeur du désir ; c’est vous qui avez élevé la température révolutionnaire du prolétariat et si vous vous épouvantez aujourd’hui, c’est devant votre œuvre ! (Applaudissements à l’extrême gauche et à droite.)

M. Fernand de Ramel. — L’esprit religieux a fait plus à lui seul, que tout ce que vous voulez faire.

M. Jaurès. — Et de même, quand vous avez fondé les syndicats ouvriers, qu’avez-vous prétendu faire ?

L’autre jour, un homme politique considérable — qui rappelait qu’il a été lui-même collaborateur de Gambetta et de Ferry, et qui viendra dire peut-être à cette tribune s’il a trouvé en effet dans votre déclaration cet écho de sa propre parole qu’il s’attendait à y percevoir — disait que les syndicats ouvriers avaient été détournés de leur véritable destination.

Plusieurs membres au centre et à droite. — C’est très vrai !

M. Jaurès. — Qu’est-ce que cela signifie pour un esprit aussi positif et aussi clair, que le sien ? Est-ce que vous vous imaginiez, lorsque vous avez fait la loi sur les syndicats ouvriers, qu’ils seraient simplement ou une société de secours mutuels ou je ne sais quelle ébauche de société coopérative de consommation ? Non, toutes ces institutions d’assistance et autres existaient à côté et en dehors des syndicats ouvriers, avant eux. En instituant les syndicats ouvriers, vous ne pouviez faire qu’une chose : donner, aux travailleurs, dispersés jusque-là, le sentiment d’une force plus grande, par leur réunion et par leur cohésion… (Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche.)

M. Maurice-Faure. — M. Waldeck-Rousseau l’a dit.

M. Jaurès. — … et lorsqu’ils auraient des revendications à produire, soit sur la durée de travail, soit sur les salaires, et qu’ils s’adresseraient au patronat, et que le patronat ne les écouterait pas, donner plus de cohésion et d’ensemble au mouvement de coalition par lequel les travailleurs pouvaient espérer la victoire. (Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche. — Bruit.)

Si vous n’avez pas voulu cela, je ne sais pas ce que vous avez voulu.

M. Félix Faure. — Nous avons fait une loi de liberté, et non pas une loi d’oppression et de tyrannie. (Très bien ! très bien ! au centre.)

M. Jaurès. — Et maintenant, parce que les travailleurs trouvent en effet dans ces syndicats le sentiment d’une force nouvelle, qui leur permet d’espérer la réalisation de la pleine justice sociale, vous vous effrayez, encore une fois, devant votre œuvre.

Et c’est chose étrange comme vous méconnaissez la situation présente. Je n’en veux d’autre témoignage que le langage de ce magistrat qui vous écrivait récemment, et qui assurément n’imaginait pas vous déplaire en disant : « Les syndicats sortent de leur rôle, ils deviennent une sorte d’école, d’instrument de propagande socialiste. »

Messieurs, il n’y a que deux moyens pour les travailleurs d’obtenir l’amélioration de leur sort : ou bien des améliorations partielles, immédiates, précaires, par les coalitions, que vous appelez des grèves ; ou bien une amélioration durable, définitive, normale, par la conquête des pouvoirs politiques pour réaliser l’idée socialiste.

Et vous ne vous apercevez pas, lorsque vous faites un grief aux syndicats de se pénétrer de l’esprit socialiste et de sortir de la simple agitation professionnelle pour s’élever à une conception politique générale et supérieure, que c’est vous qui les acculez à la grève comme au seul moyen d’action, alors que le socialisme leur offre dans la conquête des pouvoirs politiques un moyen d’action plus efficace et beaucoup plus étendu. (Applaudissements à l’extrême gauche. — Exclamations et bruit au centre.)

Ainsi il se trouve, messieurs, que le mouvement socialiste est sorti tout à la fois de l’institution républicaine, de l’éducation laïque que vous avez décrétée, et des lois syndicales que vous avez faites ; et en même temps il résulte de plus en plus des conditions économiques qui se développent dans ce pays-ci depuis cinquante ans.

Il vous suffit de jeter un coup d’œil rapide sur la marche de la production dans notre pays, pour constater que dans l’ordre industriel, peu à peu la grande industrie, l’industrie anonyme, servie par les puissants capitaux et par les puissantes machines, se substitue de plus en plus au petit et au moyen patronat, et qu’ainsi l’abîme s’élargit et se creuse de plus en plus entre ceux, de plus en plus rares, qui détiennent les grands moyens de production, et ceux, de plus en plus nombreux, qui ne sont que des salariés, livrés à toutes les incertitudes de la vie.

Voulez-vous, par un simple chiffre, l’indication de ce mouvement rapide, qui travaille pour nous en détruisant cette union de la propriété et du travail qui avait permis à la société actuelle de durer ?

En 1871, la force des machines fixes employées dans l’industrie s’élevait à 315 000 chevaux-vapeur ; et en 1887, seize années après seulement, elle s’élevait, d’après vos statistiques, à 748 000 chevaux-vapeur. Elle avait plus, que doublé. (Rumeurs sur divers bancs.)

Eh ! messieurs, est-ce que vous vous imaginez — je crois surprendre dans des rumeurs indistinctes une objection qu’on nous adresse très souvent — est-ce que vous vous imaginez que nous sommes assez ineptes, assez barbares pour prétendre que c’est là un mal ? Mais non ! nous saluons au contraire dans la machine la grande libératrice qui permettra d’alléger un jour l’humanité du fardeau du travail servile qui pèse sur elle, (Applaudissements sur plusieurs bancs aux extrémités de la salle.) Seulement, ce que nous constatons, c’est que ce développement prodigieux du machinisme, qui en lui-même est un bien, a dans le régime spécial de la production qui s’appelle le régime capitaliste, cet effet saisissant que de plus en plus la puissance économique appartient à un nombre plus restreint de producteurs, qu’il devient de plus en plus impossible au simple salarié, à celui qui n’a que ses bras, d’arriver à l’autonomie, à la propriété ; que le régime actuel est la lente et cruelle expropriation de ceux qui n’ont pas les grands capitaux, et qu’il prépare cette concentration souveraine du capital que nous voulons réaliser, nous, pour restituer à tous les travailleurs, dans la propriété nationale, leur part des instruments de travail. (Applaudissements à l’extrême gauche.)

Et puis, au point de vue agricole, il est un autre fait qui doit vous frapper : c’est que la légende s’évanouit de plus en plus du paysan propriétaire de la terre de France. Je vous rappelle à vos statistiques gouvernementales. La statistique de 1882, signée par l’homme éminent qui dirige le service de l’agriculture, par M. Tisserand, constate en effet que la petite propriété paysanne est une légende. (Protestations au centre.)

Un membre. — C’est absolument inexact !

M. Riotteau. — Dans quel pays vivez-vous ?

M. Paul Doumer. — C’est indéniable : il n’y a qu’à consulter les statistiques !

M. Jaurès. — Messieurs, voici ce que dit textuellement M. Tisserand :

« En résumé, les moyens et grands cultivateurs détiennent ensemble les trois quarts du territoire agricole, tandis que les millions de nos paysans en ont à peine le quart. » (Mouvements divers.)

Voilà la constatation faite par vos statistiques. J’oubliais de compter les statistiques ministérielles parmi les forces qui concourent au développement du socialisme ! (On rit.)

Donc, le même mouvement va se produire parmi les paysans, parce qu’ils n’ont pas en effet la propriété, parce que parmi les 7 millions de travailleurs ruraux qui sont disséminés sur notre sol, il y en a à peine 1 500 000 qui travaillent une terre à eux appartenant — et encore ces petits propriétaires paysans sont-ils accablés et par l’impôt, et par l’usure, et par l’hypothèque. Et à côté d’eux, il y a 800 000 fermiers pour lesquels vous n’avez rien fait, il y a 400 000 métayers, 2 millions d’ouvriers de ferme, 2 millions de journaliers, un énorme prolétariat rural qui ne peut plus arriver à la propriété, qui est ruiné par le fisc et par la spéculation cosmopolite que vous n’avez pas su empêcher. (Vifs applaudissements sur plusieurs bancs aux extrémités de la salle. — Bruit au centre.)

En sorte que bien loin que vous puissiez trouver dans la démocratie rurale un point d’appui contre la démocratie ouvrière, nous, nous irons puiser dans cet immense réservoir des souffrances paysannes de quoi compléter la force ouvrière en vue de la conquête du pouvoir politique et de l’expropriation économique et politique de là haute bourgeoisie capitaliste qui exploite le paysan comme l’ouvrier. (Applaudissements sur les mêmes bancs.)

C’est parce que vous sentez vous-mêmes que le mouvement socialiste sort de toutes nos institutions, que vous êtes acculés aujourd’hui, pour le combattre, à une œuvre rétrograde.

Le socialisme sortait de la République ; vous ne pouvez détruire la République, mais vous y introduisez ses ennemis d’hier en gouvernants et en maîtres, pour en chasser plus, sûrement les militants qui l’ont faite et qui ont versé leur sang pour elle. (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs. — Exclamations au centre.)

Vous ne pouvez pas détruire ouvertement, officiellement votre œuvre de laïcité, mais vous mettez votre République sous le patronage de la papauté… Oui, c’est la politique de Léon XIII qui vous dirige. (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)

C’est au Vatican que vous prenez, ou que votre politique prend son mot d’ordre, et ne pouvant, détruire les lois de laïcité, vous y introduirez le plus possible d’esprit clérical.

De même, vous n’oserez peut-être pas détruire ouvertement les syndicats ouvriers ; mais avec ces magistrats qui vous écrivent que les questions de cet ordre sont beaucoup plus politiques que judiciaires et qui se déclarent prêts cependant à appliquer la jurisprudence politique, vous trouverez bien assez le moyen, sans changer les lois, de supprimer en fait la liberté des syndicats ouvriers et de faire une loi de servitude de ce qui a été une loi d’émancipation, Et je suis en droit de conclure que le socialisme est à ce point un mouvement profond et nécessaire, qu’il sort si évidemment, si puissamment de toutes les institutions républicaines, laïques, démocratiques, que pour combattre le socialisme, vous allez être condamnés dans tous les ordres, dans l’ordre politique, dans l’ordre fiscal et dans l’ordre syndical, à une œuvre de réaction.

Eh bien ! faites-la, essayez-la ! Et pendant que vous userez ce qui peut vous rester de force et de prestige à lutter contre le peuple en marche, dans les intervalles que nous laisseront vos persécutions impuissantes (Rumeurs au centre), nous apporterons les projets de réforme que vous n’avez pas apportés ; et puisque vous désertez la politique républicaine, c’est nous, socialistes, qui la ferons ici. (Applaudissements à l’extrême gauche.)

Je dépose, comme sanction de cette interpellation, l’ordre du jour suivant

« La Chambre, convaincue que nul gouvernement ne peut combattre le socialisme sans déserter les principes républicains (Sourires ironiques au centre), et condamnant énergiquement la politique rétrograde et provocatrice du ministère, passe à l’ordre du jour (Applaudissements répétés à l’extrémité gauche et à l’extrémité droite de la salle :)

http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/jaures/discours/republique-et-socialisme_2111893.asp

ROBESPIERRE : GOUVERNER LA REPUBLIQUE septembre 14 2010

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ROBESPIERRE : GOUVERNER LA REPUBLIQUE

Par Manifeste Jacobin

En attendant, les propositions pour une Refondation républicaine, sociale, jacobine, laïque et universaliste pour notre pays, du Collectif : Manifeste Jacobin Pour la Répblique et le Socialisme qui devraient être présentées sur le présent site du Manifeste Jacobin, sur le forum des républicains et jacobins et sur le blog de notre frère républicain jacobin Darthé-Payan, dans les tous prochains jours, nous vous proposons de vous faire partager  la lecture et l’étude du discours de Robespierre  “Gouverner la République” prononcé à la Convention le 10 mai 1793.

Salut et Fraternité.

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Gouverner la République

Discours à la Convention : séance du 10 mai 1793

Maximilien Robespierre  :

L’homme est né pour le bonheur et pour la liberté, et partout il est esclave et malheureux ! La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être, et partout la société le dégrade et l’opprime ! Le temps est arrivé de le rappeler à ses véritables destinées ; les progrès de la raison humaine ont préparé cette grande révolution, et c’est à vous qu’est spéciale­ment imposé le devoir de l’accélérer.

Pour remplir votre mission, il faut faire précisément tout le contraire de ce qui a existé avant vous.

Jusqu’ici l’art de gouverner n’a été que l’art de dépouiller et d’asservir le grand nombre au profit du petit nombre, et la législation le moyen de réduire ces attentats en système : les rois et les aristocrates ont très bien fait leur métier ; c’est à vous maintenant de faire le vôtre, c’est-à-dire de rendre les hommes heureux et libres par les lois.

Donner au gouvernement la force nécessaire pour que les citoyens respectent toujours les droits des citoyens, et faire en sorte que le gouvernement ne puisse jamais les violer lui-même, voilà, à mon avis, le double problème que le législateur doit chercher à résoudre. Le premier me paraît très facile: quant au second, on serait tenté de le regarder comme insoluble, si l’on ne consultait que les événements passés et présents sans remonter à leurs causes.

Parcourez l’histoire, vous verrez partout les magis­trats opprimer les citoyens, et le gouvernement dévorer la souveraineté: les tyrans parlent de sédition; le peuple se plaint de la tyrannie ; quand le peuple ose se plaindre, ce qui arrive lorsque l’excès de l’oppression lui rend son énergie et son indépendance. Plût à Dieu qu’il pût les conserver toujours ! Mais le règne du peuple est d’un jour; celui des tyrans embrase la durée des siècles.

J’ai beaucoup entendu parler d’anarchie depuis la révolution du 14 juillet 1789, et surtout depuis la révolution du 10 août 1792 ; mais j’affirme que ce n’est point l’anarchie qui est la maladie des corps poli­tiques, mais le despotisme et l’aristocratie. Je trouve, quoi qu’ils en aient dit, que ce n’est qu’à compter de cette époque tant calomniée que nous avons eu un commencement de lois et de gouvernement, malgré

les troubles, qui ne sont autre chose que les dernières convulsions de la royauté expirante, et la lutte d’un gouvernement infidèle envers l’égalité.

L’anarchie a régné en France depuis Clovis jusqu’au dernier des Capet. Qu’est-ce que l’anarchie, si ce n’est la tyrannie, qui fait descendre du trône la nature et la loi pour y placer des hommes !

Jamais les maux de la société ne viennent du peuple, mais du gouvernement. Comment n’en serait-il pas ainsi ! l’intérêt du peuple, c’est le bien public; l’intérêt de l’homme en place est un intérêt privé. Pour être bon, le peuple n’a besoin que de se préférer lui-même à ce qui n’est pas lui ; pour être bon, il faut que le magistrat s’immole lui-même au peuple.

Si je daignais répondre à des préjugés absurdes et barbares, j’observerais que ce sont le pouvoir et l’opu­lence qui enfantent l’orgueil et tous les vices ; que c’est le travail, la médiocrité, la pauvreté, qui sont les gardiens de la vertu; que les vœux du faible n’ont pour objet que la justice et la protection des lois bienfaisantes, qu’il n’estime que les passions de l’honnêteté; que les passions de l’homme puissant tendent à s’élever au-dessus des lois justes, ou à en créer de tyranniques: je dirais enfin que la misère des citoyens n’est autre chose que le crime des gouvernements. Mais j’établis la base de mon système par un seul raisonnement.

Le gouvernement est institué pour faire respecter la volonté générale ; mais les hommes qui gouvernent ont une volonté individuelle, et toute volonté cherche à dominer : s’ils emploient à cet usage la force publique dont ils sont armés, le gouvernement n’est que le fléau de la liberté. Concluez donc que le premier objet de toute Constitution doit être de défendre la liberté publique et individuelle contre le gouvernement lui-même.

C’est précisément cet objet que les législateurs ont oublié: ils se sont tous occupés de la puissance du gouvernement; aucun n’a songé aux moyens de le ramener à son institution ; ils ont pris des précautions infinies contre l’insurrection du peuple, et ils ont encou­ragé de tout leur pouvoir la révolte de ses délégués. J’en ai déjà indiqué les raisons : l’ambition, la force et la perfi­die ont été les législateurs du monde; ils ont asservi jusqu’à la raison humaine en la dépravant, et l’ont rendue complice de la misère de l’homme: le despotisme a produit la corruption des mœurs, et la corruption des mœurs a soutenu le despotisme. Dans cet état de choses, c’est à qui vendra son âme au plus fort pour légitimer l’injustice et diviniser la tyrannie. Alors la raison n’est plus que folie ; l’égalité, l’anarchie ; la liberté, désordre ; la nature, chimère ; le souvenir des droits de l’humanité, révolte : alors, on a des bastilles et des échafauds pour la vertu, des palais pour la débauche, des trônes et des chars de triomphe pour le crime: alors on a des rois, des prêtres, des nobles, des bourgeois, de la canaille ; mais point de peuple et point d’hommes.

Voyez ceux mêmes d’entre les législateurs que le progrès des lumières publiques semble avoir forcés à rendre quelque hommage aux principes; voyez s’ils n’ont pas employé leur habileté à les éluder, lorsqu’ils ne pouvaient plus les raccorder à leurs vues person­nelles; voyez s’ils ont fait autre chose que varier les formes du despotisme et les nuances de l’aristocratie ! Ils ont fastueusement proclamé la souveraineté du peuple et ils l’ont enchaîné ; tout en reconnaissant que les magistrats sont ses mandataires, ils les ont traités comme ses dominateurs et comme ses idoles : tous se sont accordés à supposer le peuple insensé et mutin, et les fonctionnaires publics essentiellement sages et vertueux. Sans chercher des exemples chez les nations étrangères, nous pourrions en trouver de bien frappants au sein de notre révolution, et dans la conduite même des législatures qui nous ont précédés. Voyez avec quelle lâcheté elles encensaient la royauté ! avec quelle impudence elles prêchaient la confiance aveugle pour les fonctionnaires publics corrompus ! avec quelle inso­lence elles avilissaient le peuple  ! avec quelle barbarie elles l’assassinaient ! Cependant, voyez de quel côté étaient les vertus civiques ; rappelez-vous les sacrifices généreux de l’indigence et la honteuse avarice des riches, rappelez-vous le sublime dévouement des soldats et les infâmes trahisons des généraux, le courage invincible, la patience magnanime du peuple, et le lâche égoïsme, la perfidie odieuse de ces mandataires !

Mais ne nous étonnons pas trop de tant d’injustices. Au sortir d’une si profonde corruption, comment pouvaient-ils respecter l’humanité, chérir l’égalité, croire à la vertu ? Nous, malheureux, nous élevons le temple de la liberté avec des mains encore flétries des fers de la servitude ! Qu’était notre ancienne éducation, sinon une leçon continuelle d’égoïsme et de sotte vanité ? Qu’étaient nos usages et nos prétendues lois, sinon le code de l’impertinence et le la bassesse, où le mépris des hommes était soumis à une espèce de tarif, et gradué suivant des règles aussi bizarres que multipliées ? Mépriser et être méprisé, ramper pour dominer ; esclaves et tyrans tour à tour ; tantôt à genoux devant un maître, tantôt foulant aux pieds le peuple: telle était notre destinée, telle était notre ambition à nous tous tant que nous étions, hommes bien nés ou hommes bien élevés, honnêtes gens ou gens comme il faut, hommes de loi et finan­ciers, robins ou hommes d’épée. Faut-il donc s’étonner si tant de marchands stupides, si tant de bourgeois égoïstes conservent encore pour les artisans ce dédain insolent que les nobles prodiguaient aux bourgeois et aux marchands eux-mêmes ? Oh ! le noble orgueil ! la belle éducation ! Voilà cependant pourquoi les grandes destinées du monde sont arrêtées ! voilà pourquoi le sein de la patrie est déchiré par les traîtres ! voilà pourquoi les satellites féroces des despotes de l’Europe ont ravagé nos moissons, incendié nos cités, massacré nos femmes et nos enfants ! Le sang de trois cent mille Français a déjà coulé ! Le sang de trois cent mille autres va peut-être couler encore, afin que le simple laboureur ne puisse siéger au Sénat à côté du riche marchand de grains, afin que l’artisan ne puisse voter dans les assemblées du peuple à côté de l’illustre négo­ciant ou du présomptueux avocat, et que le pauvre, intelligent et vertueux, ne puisse garder l’attitude d’un homme en présence du riche imbécile et corrompu ? Insensés, qui appelez des maîtres, pour ne point avoir d’égaux, croyez-vous donc que les tyrans adopteront tous les calculs de votre triste vanité et de votre lâche cupidité ! Croyez-vous que le peuple, qui a conquis la liberté, qui versait son sang pour la patrie, quand vous dormiez dans la mollesse ou que vous conspiriez dans les ténèbres, se laissera enchaîner, affamer, égorger par vous ? Non ! Si vous ne respectez ni l’humanité, ni la justice, ni l’honneur, conservez du moins quelque soin de vos trésors, qui n’ont d’autre ennemi que l’excès de la misère  publique,  que vous  aggravez  avec  tant d’imprudence ! Mais quel motif peut toucher des esclaves orgueilleux ? La voix de la vérité, qui tonne dans les cœurs corrompus, ressemble aux sons qui reten­tissent dans les tombeaux, et qui ne réveillent point les cadavres.

Vous donc, à qui la liberté, à qui la patrie est chère, chargez-vous seuls du soin de la sauver, et puisque le moment où l’intérêt pressant de sa défense semblait exiger toute votre attention est celui où l’on veut élever précipitamment l’édifice de la Constitution d’un grand peuple, fondez-la du moins sur la base éternelle de la vérité ! Posez d’abord cette maxime incontestable : que le peuple est bon, et que ses délégués sont corrup­tibles ; que c’est dans la vertu et dans la souveraineté du peuple qu’il faut chercher un préservatif contre les vices et le despotisme du gouvernement. […]

Il est un moyen général et non moins salutaire de diminuer la puissance des gouvernements au profit de la liberté et du bonheur des peuples.

Il consiste dans l’application de cette maxime, énoncée dans la Déclaration des droits que je vous ai proposée: la loi ne peut défendre que ce qui est nuisible à la société ; elle ne peut ordonner que ce qui lui est utile.

Fuyez la manie ancienne des gouvernements de vouloir trop gouverner; laissez aux individus, laissez aux familles le droit de faire ce qui ne nuit point à autrui; laissez aux communes le pouvoir de régler elles-mêmes leurs propres affaires en tout ce qui ne tient pas essentiellement à l’administration générale de la République ; en un mot, rendez à la liberté indi­viduelle tout ce qui n’appartient pas naturellement à l’autorité publique, et vous aurez laissé d’autant moins de prise à l’ambition et à l’arbitraire.

APPEL AUX REPUBLICAINS ET AUX CITOYENS : septembre 5 2010

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APPEL AUX REPUBLICAINS ET AUX CITOYENS :

Mardi 7 Septembre 2010, mobilisons nous et exigeons le retrait du projet de loi sur la retraite à 62 ans !

Par Manifeste Jacobin.

Mardi 7 septembre 2010, sera une journée cruciale pour notre pays, pour notre république.

Une journée d’action de vaste ampleur aura lieu pour refuser le projet de réforme des retraites qui sera présenté par le Gouvernement Fillon et le Ministre Woerth à l’Assemblée nationale.

Si ce projet est votée c’en sera fini de la retraite à 60 ans à taux plein.

Nous républicains et jacobins, nous citoyens, nous refusons ce funeste projet qui met à mal l’une des conquêtes du mouvement des travailleurs depuis plus d’un siècle et qui est aussi une conquête de la Libération issue du Programme du CNR,  qu’est la retraite.  Cette retraite est un salaire différé pour chaque salarié. Cette retraite, comme le disait Jean-Jaurès - est aussi  la propriété de ceux qui n’ont rien ! Oui la retraite est un bien commun , un bien public à sauvegarder, à améliorer, à étendre et aussi à rendre plus juste.

Nous exigeons le retrait de ce projet de loi.

Nous appelons l’ensemble des républicains socialistes et jacobins, l’ensemble des citoyens à participer à la journée d’action du 07 septembre  2010 en faisant grève et en participant aux différentes manifestations.

ENSEMBLE, TOUS ENSEMBLE, EXIGEONS LE RETRAIT DU PROJET DE REFORME DES RETRAITES !

VIVE LA RETRAITE A 60 ANS ! VIVE LA REPUBLIQUE ! VIVE LA FRANCE !

MJ-PRS

Un Forum pour les Républicains-Jacobins. août 29 2010

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 Par Manifeste Jacobin

Un forum des Républicains-Jacobins vient de voir le jour. Citoyens, nous vous invitons à le consulter, à vous inscrire, à le faire vivre et à le faire source d’inspiration, de proposition et de débats féconds.

D’avance merci.

Salut et Fraternité.

M.J-PRS.

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Forum des Républicains Jacobins

Forum de discussion, de débat, d’échanges, de propositions en vue de promouvoir une République socialie, jacobine, laïque et universaliste.

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Le Manifeste Jacobin Pour la République et le Socialisme :

10 Août 1792, la chute de la Monarchie ou quand le Peuple citoyen et souverain entre en insurrection. août 10 2010

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Par Darthé-Payan (Pour le Collectif Manifeste Jacobin Pour la République et le socialisme).

Bref rappel de la journée révolutionnaire du 10 août 1792, avec la prise du Palais des Tuilleries par le peuple sectionnaire, des sans culottes, de Paris aidé par les Fédérés de Marseille et de Brest. Il s’en suivra la création du Commune insurrectionnelle de Paris. L’Assemblée Législative sous la pression du peuple souverain et citoyen suspendra le roi et convoquera une Assemblée constitutionnelle qui prendra le nom de Convention nationale. La monarchie ne survivra pas au 10 août et le peuple souverain et citoyen élira la nouvelle Assemblée qui abolira le 21 septembre la Monarchie et le 22 septembre proclamera la République.

Ce que cette journée du 10 août peut nous enseigner, à nous républicains, socialistes et jacobins, c’est le peuple citoyen est toujours souverain et c’est lui qui a le dernier mot. Le Roi, les différents cabinets notamment Feuillants ne le comprendront qu’à leurs dépens. Le peuple citoyen de France est directement menacé par le Manifeste de Coblence signé par Brunswick le 25 juillet. Ce manifeste signé par le Commandant des Forces Austro-Prussiennes menace le peuple citoyen et souverain de Paris d’une « vengeance exemplaire et à jamais mémorable en livrant la ville à une exécution militaire et à une subversion totale ».

Le peuple citoyen affirme en cette journée du 10 aout 1792, sa pleine souveraineté politique et en insurrection pour obtenir que ce pouvoir souverain soit pleinement exercé et respecté. La Monarchie tombera faute de ne pas l’avoir compris. Ce peuple citoyen et souverain en insurrection fera l’Histoire et changera le cours de l’Histoire trois ans à peine après avoir fait une première fois l’Histoire en s’appropriant ce pouvoir d’insurrection, il permettra par la proclamation de l’Assemblée nationale constitutionnelle de rentrer dans le jeu. La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, fera du peuple l’acteur essentiel de la Révolution en marche.

Cette commune insurrectionnelle permettra à la France de déboucher sur la République, de faire de l’Homme un citoyen et souverain libre, frère et égaux en droits.

Le retour à la pleine souveraineté du peuple citoyen est d’actualité.

Cette souveraineté conquise qui permis la chute de la Monarchie, son abolition et la proclamation de la République. La res publica – la chose publique – est une construction politique et humaine faite par le peuple citoyen et souverain en insurrection.

Aujourd’hui le peuple français et la République Française ont leurs souveraineté bafouée, niée enfoncée, petit à petit détruite par un ensemble de choses.

Il y a l’Union Européenne qui jour après jour remet en cause la pleine et entière souveraineté de notre pays et de notre peuple par des décisions bureaucratiques, a-démocratiques. On ne peut que citer deux dernièrs exemples : la mise sous tutelle des budgets des Etats-Nations et l’obligation de demander l’aval de la Commision de Bruxelles pour les plans de relances économiques (qui au passage sont petit à petit tous abandonnés) ce qui revient également à une mise sous tutelle des possibilités de se sortir de la crise économique par ces propres moyens nationaux et souverains. La commission de Bruxelles qui décident des lois françaises dans 80 % des cas (oui, 80 % des lois votées au parlement français sont des retranscriptions des décisions ou directives de la Commission de Bruxelles faites de manière bureaucratique et a-démocratique. Des exemples comme le Grand Marché Transatlantique ou les députés européens avalisent en se couchant devant la Commission Européenne des dispositifs et processus continentaux – qui ne permettront aucun retour en arrière. Ces dispositifs sont décidés dans le dos des citoyens.

Il y a aussi un certain pouvoir politique qui ne tient pas compte du suffrage universel. Là on passe outre le vote citoyen lors d’un referendum (29 mai 2005) ailleurs c’est carrément les votes aux élections qui sont forts peu pris en compte par un pouvoir présidentiel personnel et personnalisé à l’extrême.

Autres remises en cause de la souveraineté du peuple

Le système capitaliste transnational, apatride, qui fait du libre échange et de la concurrence libre et non faussée l’alpha et l’oméga de toute chose. Oui ce système qui transperce les Etats nations, les vassalisent et qui rend un peu plus encore serviles les peuples fait que la souveraineté est niée par ces puissances capitalistes qui ne font que créer de nouvelles prisons – nouvelles bastilles – pour les peuples citoyens et souverains. Quand les travailleurs, les salariés n’ont aucun droit dans l’entreprise et sont des nouveaux serfs qui devront s’affranchir pour conquérir la souveraineté et la citoyenneté partout et pour tous.

Autre remise en cause de la souveraineté du peuple les communautarismes et autres intérêts particuliers qui s’érigent en pouvoir pour l’unique défense de leurs intérêts particuliers soit communautaires, soit religieux, soit mercantiles. Là aussi, la souveraineté du peuple citoyen est niée.

Dans tout ces cas c’est la souveraineté du peuple citoyen qui est niée, bafouée ou remise en cause mais c’est également l’unité du corps citoyen de la nation, l’unité et l’indivisibilité de la République, l’unité et l’indivisibilité de la citoyenneté et de la souveraineté et enfin l’égalité des droits.

Reconquête de la pleine souveraineté du peuple citoyen partout et pour tous , unité et indivisibiltié de la république, égalité des droits, appropriation collective et sociale de la monnaie, du crédit, de l’économie et des marchés telles sont les objectifs d’une nouvelle révolution républicaine, socialiste et jacobine à réaliser.

Peut êtres devrions-nous envisager un nouveau 10 Août du peuple en insurrection partout et fait par tous ? En tous cas, les républicains socialistes jacobins ne le craigent pas bien au contraire. Ils la mette en perspective ! N’oublions jamais que bien souvent c’est le peuple qui fait l’Histoire ! Chacun devrait s’en souvenir !

Pour finir je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager un court extrait du discours de Robespierre à la Convention le 05 novembre 1792

« Citoyens vouliez-vous une révolution sans révolution ? Mais quel est cet esprit de persécution qui est venu réviser, pour ainsi dire,celle qui a brisé nos fers ? Mais comment peut-on soumette à un jugement certain les effets que peuvent entraîner ces grandes commotions ? Qui peut marquer, aprés coup, le point précis où doivent se briser les flots de l’insurrection populaire ? A ce prix, quel peuple pourrait jamais secouer le joug de la tyrannie ? (…) Non, nous n’avons point failli, j’en jure par le trône renversé, et par la République qui s’élève. »

Vive la révolution ! Vive la République ! Vive la France !  

Maintenant, à propos du 10 Août 1792, j’intègre à ma note une page d’Histoire, de mémoire et de culture révolutionnaires et républicaines réalisée par le Citoyen Thimène et pour finir cette journée historique qui permet à la révolution d’entrée dans une nouvelle phase grâce au peuple qui fait l’Histoire.

Bonne lecture.

Salut et Fraternité.

D-P.

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Le 10 Août 1792, le Peuple en insurrection s’empare du Palais des Tuileries, le Roi est suspendu et une nouvelle Assemblée constituante est convoquée. Le Peuple fait l’Histoire.

La Prise des Tuileries le 10 août 1792 par Jean Duplessis-Bertaux, Musée du château de Versailles 


Par Citoyen Thimène

Le 10 août 1792, une foule de sans-culottes, renforcée de fédérés, s’emparent du palais des Tuileries où étaient assignés à résidence Louis XVI et sa famille. Au terme d’une journée d’intenses combats, ces derniers sont internés. C’est la fin effective d’une monarchie française millénaire, et la naissance d’une République qui ne dit pas encore son nom.
Cette journée historique est l’aboutissement d’une année d’une rupture grandissante entre le roi et le peuple. C’est ainsi que depuis juin 1791 et sa fuite à Varennes qui le discrédite profondément, le roi Louis XVI est assigné à résidence au palais des Tuileries, sous l’étroite « surveillance du peuple » parisien.
Une rupture qui est en passe d’atteindre son paroxysme lorsque, durant l’été 1792, la France s’attend à une inévitable et imminente invasion étrangère, une invasion à laquelle on soupçonne de plus en plus le roi de montrer de la sympathie. Louis XVI espère en effet, secrètement, recouvrir par le glaive étranger son autorité sans partage. Et il n’hésite pas à mettre son veto à un décret permettant la constitution d’un camp de gardes nationaux fédérés pour défendre Paris. Veto que contournera l’assemblée législative en décrétant le 11 juillet « la patrie en danger ».
Le soupçon qui pèse sur Louis XVI devient une certitude quand, le 25 juillet, une déclaration du duc de Brunswick annonce que les Alliés entreront en France pour restaurer l’autorité royale, investiraient militairement l’Assemblée et la ville de Paris au moindre outrage envers le roi. Cette nouvelle, connue à Paris le 1er août, excite la fureur de ses habitants envers la monarchie et les aspirations républicaines des révolutionnaires.

Ainsi, le 5 août, les sections de Paris exigent, sous la menace d’une insurrection populaire, la déchéance du Roi. L’Assemblée refuse de céder.

Une nouvelle « journée révolutionnaire » se prépare alors. Les sans-culottes parisiens, qui ne supportent plus cette monarchie complaisante envers les envahisseurs étrangers, en seront ses artisans


Le 10 août, à minuit, le tocsin commence à sonner aux clochers de la capitale.
Et dès trois heures du matin, les sans-culottes et les Fédérés se rassemblent à l’Hôtel de ville. Une « commune insurrectionnelle » y est établie, en lieu et place de la municipalité légale.

Ils se dirigent ensuite vers les abords du palais des Tuileries, un palais dont la défense avait été particulièrement bien préparé. Ce sont près de 4000 hommes, gendarmes, gardes suisses et gardes nationaux, qui, en théorie, les attendent de pied ferme.
En théorie car Louis XVI, qui en cette matinée particulière les passe en revue, se rend compte qu’il ne pourra compter sur tous. Si les gardes suisses, fidèles, crient « Vive le roi ! », il n’en va pas de même pour les autres qui crient de leur côté « Vive la Nation ! » voire « A bas le veto ! ». Des bataillons finissent même par tourner leurs canons contre le château et à se placer en position d’attaque.

Face au palais, le roi découvre aussi la foule hostile des Parisiens qui l’accueille sous un tombereau d’insultes. Une foule d’insurgés avec qui fraternisent très vite les gendarmes et une grande partie des gardes nationaux.

Le roi, convaincu alors que la défense du château n’est plus assurable, se résigne, accompagné de la reine et du dauphin, à chercher refuge au sein de l’Assemblée.

Pendant ce temps-là, depuis le bâtiment assailli, les gardes suisses, ses seuls défenseurs, se mettent à tirer sur la foule et abattent plusieurs dizaines d’hommes. La réplique des insurgés ne se fait pas attendre, et la suite est un combat d’une rare violence que gagneront les sans culottes et les soldats ralliés. On comptera ainsi plus d’un millier de morts.

L’Assemblée législative, mise devant le fait accompli, prononce alors la suspension du roi. Elle nomme à la place du gouvernement un Comité exécutif au sein duquel Danton devient Ministre de la Justice. Elle convoque aussi et surtout une « Convention nationale » qu’elle charge de prendre toutes les mesures « pour assurer la souveraineté du peuple et le règne de la liberté et de l’égalité ». Et en vue de son élection, elle instaure pour la première fois le suffrage universel, abolissant le suffrage censitaire et la distinction entre citoyens « actifs » et citoyens « passifs » qui avait cours depuis 17

90.

Le lendemain, la famille royale est emmenée au donjon du Temple. Si la monarchie n’existe plus alors dans les faits, il faudra toutefois attendre le 21 septembre suivant pour qu’elle soit abolie et la République officiellement proclamée.

http://action-republicaine.over-blog.com/

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Le 10 AOUT 1792 vu par ROBESPIERRE

« Le toscin avait sonné ; les citoyens de toutes les sections s’étaient armés et réunis : les gardes nationales, tout le peuple, la gendarmerie nationale, les fédérés de tout les départements restés à Paris, tous avaient un seul sentiment, un seul but. On distinguait parmi eux l’immortel bataillon de Marseille, célèbre par ses victoires remportés sur les tyrans du midi. Cette armé, également imposante par le nombre, par la diversité des armes , surtout par le sentiment sublime de la liberté qui respirait sur tous les visages, présentaient un spectacle qu’aucune langue ne peut rendre (…). Elle se portait sur le Château des Tuileries où était le foyer de la conspiration tramée contre la sureté de Paris, et une armée de contre -révolutionnaires et de Suisses rassemblés depuis longtemps pour l’éxécution. » (Robespierre, numéro 12 du Défenseur de la Constitution).



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